10 avril 2008

Indignité

Tout aura versé dans une grande indignité en cette semaine de passage de la flamme olympique à Paris.

La préfecture de police de Paris qui a autorisé, par négligence ou par confort, les officiels chinois à transmettre directement ordres et consignes aux forces de police.

Les manifestants pro-tibétains qui ont fait preuve d'une tyrannie de l'esprit au moins aussi forte que celle qu'ils dénoncent.

Les forces de police qui auront parfois fait preuve d'un zêle excessif à cacher un drapeau tibétain que l'air français devrait pourtant être autorisé à soulever.

Les élus qui auront préféré joindre leur voix aux vociférations plutôt que de proposer une action forte et pacifique, plutôt que de donner l'exemple.

Les officiels chinois de l'ambassade de Chine en France et du comité national olympique chinois qui n'auront pas su accepter la dissidence que la France tolère, que la République protège.

Cette semaine, il n'aura pas fait bon être Tibétain, Chinois ou Français. En tout cas pas pour ceux qui n'ont d'autres images à l'esprit que celles à l'excès déroulées sur nos écrans.

26 février 2008

Tout à fait, plutôt, plutôt pas ou pas du tout...

Tout comme ce blog et beaucoup d'autres encore, Le Figaro de ce jour revient sur la loi relative à la rétention de sureté.

La Une du quotidien nous apprend donc que les Français seraient largement favorables à la rétention de sureté. 80% des personnes interrogées selon une méthode de recueil sur Internet par l'IFOP approuvent le principe de la loi tandis que 2 sur 3 se prononcent en faveur de l'application de la loi de manière rétroactive, soutenant en cela la démarche du Président de la République.

Ecartons d'abord tout polémique inutile. Les biais introduits par le sondage paraissent des plus minimes, les questions étant libellées de manière peu directive, par exemple :

"Le Parlement a récemment adopté la loi sur la rétention de sûreté. Cette rétention de sûreté vise à maintenir, à l’issue de leur peine, dans des « centres socio-médicaux-judiciaires » des personnes condamnées à une peine de réclusion criminelle supérieure ou égale à 15 ans et qui représentent à l’issue de leur peine une probabilité élevée de récidive.

Approuvez-vous ou désapprouvez-vous cette mesure visant à instaurer le principe d’une rétention de sûreté ?"

C'est tant mieux, car certains sondages commandés par Le Figaro par le passé eurent utilisé des libellés appelant clairement une réponse plutôt qu'une autre, ce qui aurait pu donner en la matière une question du type : "Pour les criminels sexuels encore dangereux à la fin de leur peine, diriez-vous que la rétention de sureté doit s'appliquer de manière immédiate ?"

Concernant le mode de recueil par Internet, avec une pénétration de plus en plus importante de l'accès à Internet en France et les redressements adéquats, il n'y a pas de raison de croire que les résultats auraient été fondamentalement différents si l'enquête avait été réalisée par téléphone. On notera toutefois que les catégories démographiques (personnes âgées) ou socioprofessionnelles (ouvriers, agriculteurs) les moins présentes sur Internet sont celles qui acquiescent le plus volontiers à la loi relative à la rétention de sureté. Or, des redressements ont sans doute été effectué afin de donner plus de poids, dans les résultats de l'enquête, aux individus rattachés à ces catégories dans la mesure où leur proportion devait être plus faible dans l'échantillon réellement interrogé que dans la population française dans son ensemble. Ces effets grossissants mis de côté, tout paraît en ordre - et ce n'est pas surprenant s'agissant d'un institut sérieux comme l'IFOP.

Ceci étant dit, il nous reste à noter que ces résultats ne sont pas immuables. On aurait certainement pu obtenir des résultats moins favorables en introduisant une démarche plus progressive, plus didactique, dans le questionnement. Imaginons donc ce qu'auraient pu être les résultats à la question sur l'application immédiate de la rétention de sureté en dépit du principe de non-rétroactivité des lois pénales plus sévères si la question suivante l'avait précédé :

"Pensez-vous que des individus puissent être condamnés pour des faits qui, quand ils ont été commis, ne constituaient pas aux yeux de la loi un crime ?"

Nous ne sommes pas dans une logique de sondage délibératif, mais simplement dans l'introduction volontaire d'un biais (car il s'agit bien d'un biais) qui tendrait à introduire dans le questionnement d'ensemble la définition plus précise de la non-rétroactivité et de permettre aux répondants de mieux apprécier tous les tenants et aboutissants d'une application immédiate de la loi relative à la rétention de sureté aux personnes déjà condamnées...

24 février 2008

Pas de rétention sans attention

Après un détour par les aspects institutionnels du débat lié à la loi relative à la rétention de sureté, revenons à l'essentiel : la protection des libertés individuelles.

A ce stade, un bref rappel de l'empire des libertés individuelles dans notre système juridique s'impose sans doute. Faible ou puissant, coupable ou victime, innocent ou condamné, chaque individu bénéficie d'un certain nombre de droits fondamentaux. Jusqu'à nouvel ordre (un ordre bien sinistre que celui qui remettrait en cause cette approche du droit), il est donc parfaitement légitime de s'intéresser aux plus dangereux des criminels et aux droits que nous leur reconnaissons, nonobstant leurs forfaits.

Dans son précédent billet, Aurélien rappelait ceci :

Il serait préférable que les personnes susceptibles de faire l’objet d’une rétention de sûreté fassent l’objet de soins dès leur incarcération. Il est en effet pour le moins paradoxal, si ce n’est irresponsable, de considérer qu’une personne est particulièrement dangereuse et de ne pas entreprendre de la soigner aussi tôt que possible.

La prière ainsi formulée était juste. La République ne saurait abandonner un crimnel à son sort pour le frapper d'une nouvelle peine après l'avoir mis à terre. La rétention de sureté ne saurait être acceptée qu'en cas de dernier recours. C'est ainsi qu'en a décidé le Conseil constitutionnel. C'est donc l'essentiel.

23 février 2008

définition, psychopathe, coup d'état

définition, n.f. {1160 definicion ; empr. au lat. definitio "action de déterminer (le sens d'un mot)"}
Action de caractériser, de préciser une action.

Les définitions ont ceci de bon qu'elles donnent un sens aux événements. D'ailleurs, elles ne font pas que leur donner un sens, elles leur donnent le sens, celui auquel nous pouvons tous nous rapporter. C'est ce sens commun qui, par extension, permet le vivre ensemble. La définition des événements est donc consubstantielle de la cité, de la République. Point de bien commun, point de civilisation, sans sens partagé.

Aussi, je vous propose de nous arrêter un instant sur quelques définitions. Car définir c'est déterminer. Car alors, et alors seulement, c'est s'autoriser à juger.

psychopathe, n. {1894, de psychopathie ou psychopathique}
Malade mental. Déséquilibré, névrosé.

psychopathie, n.f. {1877, de psycho- et -pathie}
Déséquilibre psychique constitutionnel ou précocement installé caractérisé par une déficience de contrôle des émotions et des impulsions, avec insuffisance des mécanismes d'adaptation au milieu.

"Désormais, quand un psychopathe sera condamné, on vérifiera à la fin de sa peine s'il est encore dangereux", Rachida Dati, Garde des Sceaux, ministre de la Justice, dans un entretien daté de ce jour au Figaro. Peut-être avais-je mal compris, mais il me semblait que la loi relative à la rétention de sureté et à la déclaration d'irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental, au sujet de laquelle le Conseil constitutionnel a émis quelques réserves, entendait s'appliquer aux criminels responsables de leurs actes et condamnés comme tels ainsi qu'aux personnes pénalement irresponsables, à raison de troubles mentaux, considérées comme dangereuses mais non condamnées pour des actes qu'ils ont commis. Ceci est un détail, mais les mots ont un sens, il convient de les manier avec soin.

Dans ce même entretien, Rachida Dati défend plus largement l'annonce faite par le Président de la République appelant de ses voeux l'application pleine et entière de la loi, y compris celles de ses mesures qui ont été censurées par le Conseil constitutionnel. A cette fin, le Président a confié au premier président de la Cour de cassation le soin d'identifier les solutions qui permettraient une application de la rétention de sûreté aux individus déjà condamnés ou à ceux qui le seront pour des faits antérieurs à la promulgation de la loi. De quoi s'agit-il ? Du fait que le Président de la République, dans l'esprit sinon dans la lettre, entend contourner la décision du Conseil constitutionnel. Pourtant, le deuxième alinéa de l'article 62 de la Constitution dispose que "les décisions du Conseil Constitutionnel ne sont susceptibles d'aucun recours" et qu'"elles s'imposent aux pouvoirs publics et à toutes les autorités administratives et juridictionnelles". Notre ordre constitutionnel, que l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République ne lui donne pas le droit de réécrire, interdit formellement ce type de contournement, le pouvoir exécutif et l'autorité judiciaire devant se soumettre aux décisions du Conseil constitutionnel.

coup, n.m. {XIIIe s., issu du lat. class. colaphus "coup donné avec la main}
coup d'état, manoeuvre politique violente, souvent destinée à prendre le pouvoir.

Me Eolas parle d'un "coup d'état light". En effet, s'il n'y a pas violence, il y a certainement manoeuvre politique destinée à s'arroger un pouvoir qui n'est pas sien. Il aurait été plus simple pour le Président, et plus ordonné, de demander une nouvelle délibération de la loi au Parlement, comme l'y autorise le deuxième alinéa de l'article 10 de la Constitution. Alors les parlementaires auraient pu se pencher de nouveau sur le sujet, le débat et la contradiction auraient eu droit de cité, pour le plus grand bénéfice de la démocratie.

Non sans ironie, le dictionnaire fait suivre "coup d'état" du mot "coupable", aussi défini comme une indignité. C'est plutôt dans ce registre que le Président opère en réalité. Registre à plus d'un égard trop proche de la manoeuvre politique violente...

05 février 2008

Coup de coeur de campagne

A l'approche du fameux Super Tuesday, la campagne présidentielle nord-américaine regorge regorge d'initiatives, de débats, de commentaires...
Pour tout suivre, je vous invite à vous rendre sur USandus par exemple.
Pour mon coup de coeur de la semaine, une vidéo dénichée sur DailyKos.

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28 janvier 2008

Un peu de retenue pour les dangereux

La déclaration des droits de l’homme et du citoyen range parmi les droits naturels et imprescriptibles de l’homme la liberté et la sûreté. Comme nombre de droits fondamentaux, la liberté et la sûreté peuvent se heurter au point de devenir incompatibles.

Il appartient donc au législateur de définir avec discernement les modalités du fragile équilibre devant prévaloir entre la liberté des uns et la liberté des autres.

Le projet de loi relatif à la rétention de sûreté – dont l’intitulé n’a probablement pas été choisi par hasard par le gouvernement – n’est donc pas critiquable par nature puisqu’il rentre dans cette catégorie de lois devant concilier des principes en tension. Il convient cependant de s’approcher du contenu de ce projet afin de se faire juge de la position du curseur sur le spectre ayant pour extrémités la liberté, d’une part, et la sûreté, d’autre part.

La rétention de sûreté que vise à instaurer ce projet de loi consiste à pouvoir retenir, pour une durée d’un an renouvelable autant de fois que nécessaire, une personne ayant purgé la peine à laquelle elle avait été condamnée dans des conditions strictement définies. 

Les contrôles juridictionnels sont prévus à l’ensemble des stades de la procédure (mise en place, suivi, libération). En outre, la décision de placer une personne en rétention de sûreté ne peut être prise qu’après qu’une expertise aura conclu à la particulière dangerosité de l’individu se caractérisant par une forte probabilité de récidive. 

Ces beaux principes ne doivent pas masquer des réalités pouvant conduire à des utilisations abusives de la rétention de sûreté : comment doit-on définir une « particulière dangerosité » et selon quels critères peut-on apprécier un « risque de récidive » ? Il est à craindre que des experts n’osent pas prendre le risque de laisser remettre en liberté un individu qui pourrait être dangereux, sans être pour autant particulièrement dangereux. 

En réalité les conditions très strictes définies par le projet de loi relèvent plus de l’art divinatoire que d’une approche méthodique et scientifique. La porte est donc grande ouverte aux erreurs d’appréciation, aux différences de traitement entre détenus selon les experts désignés et même à une certaine forme d’arbitraire. 

Il ne s’agit pas de lettres de cachet, tant s’en faut, mais à dire vrai le système de rétention de sûreté est plus pernicieux car il se drape d’une apparence de vertus. 

Bien que le législateur ait conféré à la rétention de sûreté une apparente respectabilité en la parant de nombreuses garanties substantielles et procédurales, on ne peut que s’alarmer de ce que ce projet de loi n’ait pas été présenté pour ce qu’il est : un enfermement de personnes dangereuses, pour un temps indéterminé. Il aurait été plus honnête d’appeler un chat un chat : il s’agit ni plus ni moins d’une perpétuité qui doit être confirmée une fois par an. 

Il serait préférable que les personnes susceptibles de faire l’objet d’une rétention de sûreté fassent l’objet de soins dès leur incarcération. Il est en effet pour le moins paradoxal, si ce n’est irresponsable, de considérer qu’une personne est particulièrement dangereuse et de ne pas entreprendre de la soigner aussi tôt que possible.

En conclusion, la rétention de sûreté n’honorerait pas notre société, étant à la fois dangereuse et hypocrite.

 

13 janvier 2008

Crise des médias par JFK

Notre JFK contemporain, alias Jean-François Kahn, jusqu'à récemment encore directeur de l'hebdomadaire Marianne, s'est prêté à une intéressante interview par Raphaëlle Bacqué sur la crise des médias dans les colonnes du Monde - quel meilleur endroit y aurait-il que la cour des miracles pour parler de la vie de bohème ? Le constat est à bien des égards assez classique (problèmes de financement, de distribution, de relations avec les annonceurs, émergence de la presse gratuite, érosion du lectorat, etc.). Il est notamment un passage qui requiert à mon opinion qu'elle s'exprime.

Sur l'assèchement des rivières qui irriguent la culture générale des citoyens :

"Je reçois des lettres de lecteurs qui me disent qu'ils ne comprennent pas tout ce que j'écris. J'avais parlé du boulangisme, en référence au général Boulanger, ils pensaient que j'évoquais un pâtissier. J'ai écrit : "C'est une division du monde à la Yalta." Mais qui sait encore ce qu'est Yalta ? Je suis catastrophé que les jeunes ne connaissent plus l'histoire, mais il faut bien en tenir compte. Les journalistes sont furieux qu'on leur dise cela. Mais on ne doit pas faire comme les marxistes qui décrivent la réalité comme ils voudraient qu'elle soit, il faut s'adapter à elle."

Il faut en effet s'adapter à la réalité. Dans la presse écrite, faute de place, dans la presse audiovisuelle, faute de temps, face à l'obstacle on préfère rebrousser chemin et en emprunter un autre. On quitte la petite route départementale, faite de virages subtiles, traversant de pittoresques villages et empreinte d'histoire, lui préférant l'autoroute menant au plus vite au résultat. Il n'en reste pas moins qu'esquiver le chemin au motif qu'il est difficile n'est ni satisfaisant ni souhaitable - Kierkegaard disait que ce n'était pas le chemin qui était difficile, mais le difficile qui était le chemin. C'est à ce stade que je crois utile de compléter l'analyse de JFK. Si le constat vaut pour les médias traditionnels, il ne vaut plus pour les médias en ligne, fussent-ils de masse ou sociaux, où l'hypertextualité permet de donner du sens et du contexte à son propos. Sur Internet, on peut donc écrire le précédent paragraphe de la manière suivante :

"Je reçois des lettres de lecteurs qui me disent qu'ils ne comprennent pas tout ce que j'écris. J'avais parlé du boulangisme, en référence au général Boulanger, ils pensaient que j'évoquais un pâtissier. J'ai écrit : "C'est une division du monde à la Yalta." Mais qui sait encore ce qu'est Yalta ? Je suis catastrophé que les jeunes ne connaissent plus l'histoire, mais il faut bien en tenir compte. Les journalistes sont furieux qu'on leur dise cela. Mais on ne doit pas faire comme les marxistes qui décrivent la réalité comme ils voudraient qu'elle soit, il faut s'adapter à elle."

La force de l'hypertextualité réside dans la possibilité qu'elle donne d'en apprendre davantage, de facilement combler des lacunes dont les autres canaux d'information font fi.

09 janvier 2008

L'aube d'une promesse

Romain Gary nous a appris qu'avec l'amour maternel, la vie nous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais. Cette promesse est celle d'un amour sans conditions et désintéressé qui ne se concrétise jamais, selon cet homme génial, tour à tour pilote dans les forces françaises libres, diplomate, écrivain...
La vie nous fait probablement bien d'autres promesses à l'aube de nos vies, promesses dont certaines ne seront jamais tenues, pas plus au zénith qu'au crépuscule.
Nous pouvons cependant nous réjouir de constater qu'il existe, dans notre monde, l'aube d'une promesse qui sera peut-être tenue. Cette promesse est celle d'un monde dans lequel de nombreux pays seront dirigés par des représentants de tout son peuple, et pas seulement par des représentants d'une caste dominante ou de la gent masculine.
Pensons aux victoires de Cristina Kirchner en Argentine, de Michelle Bachelet au Chili ou en leurs temps Nelson Mandela et Tabo Mbeki en Afrique du Sud, pour nous convaincre que quelque chose est en marche.
Pensons encore aux primaires démocrates aux Etats-Unis dans lesquelles les prétendants les plus sérieux sont un homme d'origine kenyane par son père et une femme, dans un pays qui en d'autres siècles a puisé ses forces dans le puritanisme et l'esclavagisme.
Cette promesse d'un monde enfin gouverné par des représentants de tout un peuple, voire de minorités, on ne me l'avait pas faite lorsque j'ai pour la première fois vu le jour. Je la regarde donc, ému, se lever devant nous...

04 janvier 2008

Indicateurs d'efficacité politique & Civilisation

Petite réaction à un très bon billet d'Authueil sur la primauté du politique (remise de la légion d'honneur et "carnets de notes" des ministres).

De manière générale, l'action du pouvoir exécutif et de son chef officieux, le Président en matière de réforme de l'État est intéressante - le chef officiel, ou constitutionnel, du pouvoir exécutif est le Premier Ministre, détenteur du pouvoir règlementaire, qui semble pour une fois bien associé à la démarche de notation des ministres. Cette approche permet d'obliger les ministres à l'action, et pas simplement à la gesticulation ou à l'affichage.

Comme le disait Einstein, ce qui ne se mesure pas n'existe pas. Pour faire exister l'action politique, rien de tel que de lui assigner des objectifs quantifiables. Seulement les indicateurs de performance doivent être choisis avec soin.

De bons indicateurs sont nécessairement quantifiables et, partant, souvent d'apparence contingente. Dans l'ombre de leur simplicité de façade, se dessine toujours un projet de société. Livrons-nous à une petite analyse.

- Nombre d'heures supplémentaires effectuées par les enseignants et ancienneté des enseignants en ZEP pour le ministre de l'Education nationale. Derrière le premier indicateur, se cache l'implication souhaitée des enseignants. Derrière le second, la volonté de l'Etat de contribuer à l'égalité des chances.

- Taux d'échec en licence et nombre d'universités ayant opté pour les nouveaux modes de gouvernance pour la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. En premier, la bonne orientation des étudiants. En second, la compétitivité du système d'enseignement supérieur dans son ensemble.

- Nombre d'étrangers en situation irrégulière expulsés et nombre d'étrangers admis au titre de l'immigration de travail. On pénètre ici dans une zone de turbulences qui tend à me donner la nausée. Faisant fi de mon malaise, je me force à plonger le regard dans ces deux indicateurs, cristallisant ici le rapport de la France aux pays en développement et à leurs populations en détresse, pour découvrir une nation qui refuse de prendre à bras le corps les problèmes que posent les inégalités persistantes entre pays du 'Nord' et du 'Sud'.

On voit donc que les 2 premières séries d'indicateurs suffisent à incarner un projet positif. En revanche, la série de 2 indicateurs liés à l'immigration renvoie nécessairement à une vision étriquée du monde, à une France fortifiée.

Il est donc important de bien choisir ses indicateurs de performance, surtout lorsque l'on ambitionne de mener une politique de civilisation. Bien évidemment, chaque ministre disposera certainement de plus de deux indicateurs pour juger de son action. Mais les indicateurs emblèmes devront être sélectionnés avec le plus grand soin. Pour l'immigration et le développement, j'aurais par exemple choisi un indicateur lié par exemple aux moyens mis en oeuvre pour aider les immigrés, fussent-ils en situation irrégulière, à contribuer au développement économique de leur pays d'origine, ou encore un autre recensant le nombre d'étudiants étrangers accueillis et formés en France puis retournés, forts de ce bagage, dans leur pays. Mais là, c'est sans doute une autre approche de la "civilisation" que celle qui a inspiré notre Gouvernement jusqu'alors.

PS : je viens de découvrir que LeMonde.fr a mis en place une fonctionnalité de citation de ses articles pour les blogueurs. C'est une très bonne initiative qui nous permet enfin de disposer de liens permanents vers leurs articles. Ne reste plus à notre bon vieux quotidien de référence qu'à rendre ses archives gratuites, à l'instar du NYT ou du WSJ...

02 janvier 2008

En 2008, de politique il sera toujours question

Si le Président de la République continue à cultiver, tout son mandat durant, l'ubiquité théâtrale qu'il nous a donnée à voir, gageons que l'encre coulera à flots et que les claviers retentiront de son nom jusqu'en 2012 encore. Au milieu de la scène, dans la coulisse, dans les gradins ou encore dans un siège d'orchestre, le Président tient tous les rôles, ceux d'un Président roi, intriguant, juge ou bon samaritain compatissant aux victimes de l'économie, du crime, de la société, de leur malheur. Certains font profession de scruter sans relâche les initiatives du Président, le halo politique qui se dessine autour de la fonction et les résultats de son action. C'est une nouveauté dans le paysage politique français. Jacques Chirac, premier président dont l'exercice du pouvoir a été accompagné par les micromédias citoyens ne fut pas gratifié de tant d'intérêt.

Ainsi, fin 2007, il aura beaucoup été question de la dramaturgie politique telle que mise en scène par Nicolas Sarkozy. Cette dramaturgie est tout sauf inutile au bon fonctionnement de la démocratie, ce dont on débat ici et . Il est un adage juridique anglo-saxon* dont la traduction politique n'altère aucunement l'acuité du sens, sinon la lettre. "La politique ne doit pas simplement être faite ; elle doit aussi apparaître comme telle."

Que l'on débatte au Parlement pour enrichir la qualité des textes de loi, cela est tout à la fois ancien et essentiel. De ce point de vue, les 4 chambres législatives du 1er Empire remplissaient pleinement cette fonction première, notamment le Conseil d'Etat dont la centaine de séances permirent d'aboutir à un Code civil dont une majorité d'articles demeurent encore applicables plus de deux siècles après son adoption en 1804. Digressons fort peu un très court instant pour préciser que Cambacérès avait déjà soumis en vain plusieurs épreuves dudit Code aux assemblée révolutionnaires et que la procédure législative, pourtant pilotée par un comité d'éminents juristes, s'étala sur 3 années sous l'Empire. Voilà un chiffre éloquent en un temps où nos représentants semblent toujours animés par la volonté d'achever au plus vite leurs travaux, au risque de bâcler l'ouvrage et de devoir le remettre sur le métier tous les 6 mois.

La politique étant ainsi faite, lois et réglements votés et promulgués, il ne restait plus qu'à rendre la chose plus transparente. Depuis la révolution française le jeu politique se doit d'être transparent. Ce point est parfaitement cristallisé par les premiers mots de l'article 6 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 : "La loi est l'expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement ou par leurs représentants à sa formation". Si certains régimes - empires, régime de Vichy - ont cru devoir fouler au pied ce principe en tout ou partie, ils ne pouvaient qu'être conscients de l'écart entre leur pratique du pouvoir et l'aspiration grandissante à toujours plus de transparence.

Nous l'avons vu, les enjeux politiques peuvent être traités sans que le peuple souverain ne soit associé à leur dénouement. Mais en démocratie, où la loi est l'expression de la volonté du peuple, et pas seulement une règle qu'il ne peut ignoer, il faut de la transparence. Pour cela, les débats doivent être publics et accessibles, ce dernier point impliquant également une clarté sémantique qui n'est malheureusement pas toujours de rigueur. Ce premier niveau de transparence est donc nécessaire. Il n'est pas suffisant. Dans une société où les centres d'intérêt de chacun sont multiples et différents les uns des autres, il convient de faire du jeu politique un centre d'intérêt pour tous. Pour répondre à Tocqueville, pour qui les citoyens "sont tirés nécessairement du milieu de leurs intérêts individuels et arrachés, de temps à autre, à la vue d’eux-mêmes" lorsqu'ils sont forcés de s'occuper des affaires publiques, il convient bien de porter ces affaires publiques à l'attention du corps civique.

Fille commune de la monarchie, de la révolution jacobine et des empires, notre habitude à observer le jeu politique à travers ses acteurs les plus emblématiques nous conduit aujourd'hui à mettre nos yeux dans les yeux du Président et à lui prêter nos oreilles attentives. Cette inclination ne date pas de la présidence de Charles de Gaulle et de l'introduction en 1962 de l'élection du Président de la République au suffrage universel direct. Sous la IIIème République, ce sont d'abord les présidents Adolphe Thiers et Patrice de Mac-Mahon qui donnent le tempo. Puis viennent un ensemble de figures emblématiques qui occuperont régulèrement des fonctions ministérielles ou la présidence du Conseil : les trois Jules (Simon, Grévy, Ferry), Léon Gambetta, Aristide Briand, Georges Clémenceau ou encore Léon Blum. La IVème République sera moins aisée à proposer une focale d'entrée personnalisée dans le jeu politique, d'ailleurs elle n'atteindra même pas son treizième anniversaire.

En période électorale, l'élection reine, la présidentielle, donne le la. La vocation première des élections législatives est donner, ou non, une majorité au Président. Donner des représentants à la France ? Il semblerait que cela soit une vocation seconde à en juger par la dociilté dont font souvent preuves les majorités à l'égard du Président auquel elles ont été données.

Hors période électorale, il suit en toute logique que nous nous intéressons à la politique à travers le Président de la République. Cela est une bonne chose dans la mesure où lorsque le titulaire du poste donne le change à cette France indocile, les citoyens s'intéressent à la politique et aux choix de société qu'il nous faut prendre. Il serait sans doute préférable que l'on s'intéresse davantage aux enjeux politiques avant de contempler le spectacle politique. Ici et maintenant les choses ne sont pas ainsi faites. Pour que la politique ne soit pas abandonnée par les citoyens, il nous faut donc des figures emblématiques dans la majorité et dans l'opposition ; figures qui ont alors vocation à se présenter directement aux suffrages du peuple souverain.

Ceci étant posé, pouquoi la présidence de Nicolas Sarkozy suscite-t-elle tant de remous. La figure emblématique est le bras séculier de la politique en France, cela n'est pas nouveau. Ce qui l'est davantage, c'est la manière qu'a Nicolas Sarkozy de jouer le rôle qui lui a été dévolu. Là où ses prédecesseurs se faisaient fort d'habiter la fonction, empruntant une posture altière, lui met un point d'honneur à ramener la fonction à lui, refusant en cela les deux corps du roi (voir ici et ). Point de dualité. Le Président est, à l'image de la République, un et indivisible. Cela est bon, nous nous intéressons à Nicolas Sarkozy et avec lui, à la politique. Cela n'est pas sans risque, les enjeux et les desseins pouvant disparaître sous les masques des personnages.

* "Justice must not only be done; it must also be seen to be done."

26 décembre 2007

"Justice et liberté" dans les prisons

Si on juge une société au sort qu'elle réserve à ses prisonniers, je souhaite à la France de s'adjoindre les conseils d'un avocat qui ne rechigne pas à défendre de patents coupables. La présomption d'innocence n'a ici pas droit de cité. Surpopulation carcérale, manque de suivi psychologique, faiblesse des moyens alloués à la réinsertion sociale et professionnelle ou encore violence entre détenus convaincront nos juges, ailleurs ou plus tard, que nous aurons manqué à un élémentaire devoir d'humanité. Que nous continuions ainsi à négliger ce qui se passe derrière les hautes murailles des maisons d'arrêt ou centres pénitentiaires et nous nous devrons d'admettre que de justice, les peines seront devenues de pure punition, pire de vengeance. Si la justice cherche bien évidemment à punir ce qui a été fait, elle intègre également à sa considération d'autres éléments telles la protection de la société pour l'avenir. Comment parler d'avenir lorsque notre société ne s'intéresse qu'au bras de la justice qui tient le glaive, celui de la punition, celui du passé. Pour que justice il y ait, la lumière doit traverser les fenêtres des enceintes de privation, pour que celles-ci ne soient plus jamais des enceintes d'abandon. Le quotidien Ouest France honore sa devise, "Justice et liberté", en permettant aux détenus de l'ouest métropolitain de s'évader en toute légalité. Ces quelques ponts jetés entre les reclus et leur société jetteront peut-être certains prisonniers plus sûrement sur les routes de la réinsertion. Ouest France rend à notre société un peu de la dignité qu'elle perd, en même temps que ses prisonniers, derrière ces murs.

Voir l'édito d'Ouest France.
Voir le site de l'Observatoire International des Prisons pour aller plus loin.

24 décembre 2007

Contine de Noël

Iphone_home Je ne vais pas m'apesantir sur toutes les facettes du phénomène iPhone : technologie, marketing, design, Internet mobile, pollution, etc. Je vais m'attarder sur un seul aspect de cette boule à facettes qui n'en finit pas de nous éblouir, pour le pire (segmentation à outrance du marché, bridage de la machine, fonctionnalités phares des marchés européens ignorées) ou pour le meilleur (expérience utilisateur unique, navigation mobile sur Internet enfin plaisante, qualité vidéo, la météo à la volée pour les utilisateurs de 2 roues !). Ce dont je vais vous parler, ce sont les nombreux services qui vous sont proposés autour de l'iPhone par de petites entreprises. Pour tout le reste, vous pouvez par exemple consulter les excellents blogs et sites suivants :
iPhon.fr
Blog iPhone Apple
iPhone central sur Macworld (en anglais)

C'est une des principales forces de la marque Apple, sa capacité à entraîner tout un écosystème autour d'elle. Bien avant les Apple Store officiels ou, en France, les corners Apple dans les Fnac, les Apple Centers indépendants furent légions. Quant vint l'iPod, nombre d'entreprises se mirent à proposer des écouteurs, housses, autocollants de personnalisation, connecteurs sans fil pour radio, ... L'iPhone ne déroge pas à la règle, avec des plug-ins GPS en train de voir le jour, de très nombreux logiciels supplémentaires ou encore des housses en tous genres. En cette veille de Noël, il est de bon aloi qu'une histoire vous soit contée, fut-ce une histoire de housses pour iPhone.

Lire la suite "Contine de Noël" »

21 décembre 2007

C'est quoi, un blog ?

H2a Le supplément en ligne de Libération consacré aux médias et à la culture, Ecrans, a posé cette simple question à 23 blogueurs - qui n'ont pour l'occasion pas été affublés de l'épithète "influents", ce dont je sais gré à Ecrans tant cette accolade est maladroitement utilisée. Vous trouverez les réponses à cette question ici. On y trouve des réponses allant de la fonction sociale (interagir, dialoguer) à la fonction psychanalytique (addiction, besoin, "ego masturbatoire" par Embruns) en passant par la fonction technologique (outil, tags). La définition que je préfère. Incontestablement celle qui n'oublie pas le plaisir partagé d'un auteur et d'un lecteur, par Diner's room :

Le blog, est un petit chez soi, où l’on reçoit sans déplaisir.
Une forme de pension balzacienne que les visiteurs habitent avant de la quitter, pour y revenir parfois et la quitter encore. Son hôte les nourrit d’une cuisine improbable, faite de certitudes et de doutes. La liberté qu’il s’était donné devient bientôt un esclavage ; bienheureux esclavage.
Certains y retrouvent le plaisir du bistrot, les discussions sans queue ni tête et la chaleur de l’invective. L’esprit de comptoir règne. D’autres y font salon, fenêtre entrouverte. On se visite courtoisement, à la façon de la bonne société de Jane Austen.
D’autres enfin, comme l’on se niche sous un édredon, s’y enfouissent pour crier ; en espérant être entendu, mais pas trop fort.

Et parfois, un peu de tout cela, au gré de l’heure tardive ou d’un matin calme.

Difficile de rivaliser tant les idées sont justes et les mots, habiles. Je m'y essaie néanmoins :

Un blog, c'est partout la capitale de la liberté. Les esclaves libérés du joug de leur contempteur établirent leur Freetown. Les individus, libérés de la servitude dans laquelle quelques-uns les avaient plongés, établirent leurs blogs.
Pamphlets, calomnies ou essais. Conversations, stupeurs et légéretés. Invectives, insultes ou pardons. Si tout y est admis, tout n'y est pas recommandé.
Un blog, c'est la voie délicate, c'est la voie incertaine de l'émancipation.

Sur ces quelques mots, il ne reste plus à mon codisciple sur H2A et à moi-même qu'à faire vivre davantage cet espace de liberté. Sans attendre les résolutions du 1er janvier, je m'y attèle...

20 décembre 2007

Moutons que nous sommes

Ces derniers jours, tout le monde n'a eu que ça à la bouche. Au cas où vous auriez passé ces dernières 72 heures plongé dans l'intégrale de Voltaire à la Pléiade ou à lire Shakespeare dans le texte, je soumets à votre considération la nouvelle qui a supplanté toutes les autres, le scoop de ce mois de décembre : le Président de la République, Nicolas Sarkozy, serait en couple avec la mannequin et chanteuse Carla Bruni. C'est en tout cas ce que tous les supports d'opinion, des médias aux blogs, ont déduit des photos de ces deux êtres proches à la parade de Mickey.

Que cela constitue une nouvelle, j'en conviens et le revendique même. Que cela constitue une nouvelle en soi, je le regrette, moutons que nous sommes à regarder l'écume, oubliant de veiller aux vagues. Les médias français, dans leur grande majorité, se repaissent souvent du respect qu'ils affichent à l'égard de la vie privée. Grand bien leur fasse. Mais maintenant qu'ils sont tombés dans les filets tendus par un Président pratiquant un style nouveau, il leur faudrait reconsidérer leur position. Si le respect affiché de la vie privée des personnages politiques ne consiste en effet qu'à resservir aux Français les histoires de façade racontées par le Président sans chercher à creuser plus avant, alors les médias font fausse route. Soit on n'en dit rien, et l'on se refuse à expliquer ce que la vie privée d'un homme peut avoir comme influence sur ses décisions politiques. Soit on le dévoile, et on accepte alors de se plonger dans cette sphère privée pour comprendre en quoi elle joue, par moments, un rôle de détournement médiatique. On s'y plonge encore pour comprendre ce qu'elle révèle sur nos personnages politiques, en proie à la reconnaissance, travaillés par le désir de séduction, préférant quoi qu'ils en disent, car ils le font, la gloriole aux blocs de granit. Pures suppositions que ces projections de sentiments ou de motifs. Mais questions que nous ferions mieux de nous poser alors que nos regards se posent, eux, sur ces photos depuis trop longtemps déjà.

PS : pour un premier niveau d'analyse, un peu à l'image de ce que pratique les presses italienne ou anglaise, allez par exemple ici.

18 décembre 2007

"The big picture"

Mappemonde Prendre du recul. Réfléchir avant d'agir. Mettre les choses en perspective. Autant de courtes maximes pour dire ce que les anglo-saxons nomment "the big picture".

C'est sans doute ce qui fait défaut à de nombreuses initiatives privées en matière humanitaire. Non pas que les États ou les organisations internationales soient irréprochables en la matière, loin s'en faut. Néanmoins leurs défaillances sont plus souvent conscientes, par exemple dictées par des considérations géotratégiques, et ne font alors que peu de cas de l'humain pris en tant qu'individu. Ceci est condamnable, certes. Ceci n'est pas le reflet d'un cruel manque de discernement. Prenons deux exemples récents d'initiatives privées qui démontrent, à l'inverse, l'intérêt d'une approche globale, concertée et réfléchie en matière humanitaire.

Le Los Angeles Times a publié un intéressant dossier sur l'action de la fondation Bill & Melinda Gates en Afrique. Si les intentions et la générosité de la fondation sont plus que louables, le manque de prise en compte exhaustive des problèmes sanitaires des pays aidés par la fondation conduit à des résultats ambivalents, voire inquiétants. Infrastructures (transports, hôpitaux, routes, etc.), niveau d'éducation, structures familiales sont autant de paramètres qui jouent un rôle dans l'éradication des maladies les plus mortelles. Qui plus est, la priorité donnée aux seuls virus les plus graves, tels le SIDA ou la malaria, conduit à négliger des maladies que nous considérons, dans les pays industrialisés, comme plus bénignes, et pourtant plus mortelles en Afrique.

Quant à l'autre exemple, il s'agit de l'expédition manquée de l'Arche de Zoé en Afrique de l'Ouest. Sur le principe, on ne peut que souscrire à la volonté de sauver de jeunes enfants. Sur les modalités, on ne peut que s'opposer à une vision à courte-vue qui fait fi des principes de prudence élémentaire et des conséquences à long terme d'une telle aventure. Se fier à la parole de chefs de tribus, sans plus de recherches complémentaires et contradictoires, pour décider qu'un enfant vient bien du Soudan et qu'il est bien orphelin est au mieux stupide, au pire irresponsable. Dire que ces enfants seront élevés dans un pensionnat où ils seront éduqués et nourris semble être une assistance bienvenue dans des pays en proie à des problèmes de malnutrition endémiques et en manque d'individus éduqués pour soutenir leur développement. Les extraire de leur environnement pour le bien-être de familles françaises sans se soucier des conséquences d'une telle pratique pour le pays dont on les prive, c'est au mieux égoïste, au pire cynique.

Si les lenteurs et les pesanteurs de l'action publique nous sont insupportables lorsque c'est de vies qu'il s'agit, les approximations et expérimentations privées ne constituent aucunement un remède plus approprié. La justesse des choix opérés, bienfait de la lenteur, alliée à l'agilité des acteurs. Voilà un alliage qui doit être recherché. En mettant en relation les capacités d'expertise publique et la force de frappe privée ? Voilà une nouvelle piste de partenariat public privé à explorer.

16 octobre 2007

Clin d'oeil à une (petite) révolution

Faz La nouvelle est passé inaperçue ou presque. Pourtant la secousse est de taille. La prestigieuse Frankfurter Allgemeine Zeitung, connue Outre-Rhin pour son sérieux et son clacissime, a en effet décidé de faire paraître en couverture une image. Désormais, afin de séduire davantage les jeunes et les femmes, la FAZ a décidé que ses lecteurs n'auront plus attendre de se plonger dans les pages intérieures pour découvrir quelques soutiens visuels.
Certes, l'évolution est moins importante que celle que connaît Libération avec sa nouvelle maquette, mais elle marque une véritable révolution pour un quotidien élevé au rang d'institution.

19 septembre 2007

Nous ne sommes pas des ADN

Nous y sommes donc, à ce moment redouté, redoutable. L'être humain va dorénavant se définir par son profil génétique. Exit la réalité sociale et culturelle de l'être, ses sentiments, sa complexité. Vous et moi ne sommes qu'une suite de GATACA, une suite hasardeuse de connexions génétiques.

C'est déjà ce qu'avait suggéré un juge anglais à la très prestigieuse Cour d'Appel en émettant l'idée que tous les citoyens britanniques soient "recensés" génétiquement afin de mieux lutter contre la criminalité (The Guardian).

En France, vouloir procéder à un test génétique de certains prétendants au regroupement familial nie la nature même du lien familial. Ce mode de sélection prétend ainsi réduire ce lien à une correspondance génétique.

La famille, si elle correspond parfois aussi au partage de gènes, est avant tout un choix. Elle est tout simplement la volonté pour certains parents d'élever leurs enfants, elle est le fruit d'un adultère dont les auteurs souhaitent conserver le secret, elle est l'accueil d'un orphelin et elle est bien souvent nouée autour de secrets voire de drames familiaux. Moïse ne fut-il pas élevé par Pharaon ? Jésus par Joseph ?

La famille est donc l'exercice de notre libre arbitre, en conscience, elle est tout ce qui fait de l'être humain le dépassement de sa simple matérialité. La famille n'est pas réductible à l'ADN.

S'il est vrai que certains prétendants au regroupement familial mentent et s'inventent une famille pour les besoins - parfois légitimes - de leur cause, il n'en reste pas moins que vouloir instaurer un "détecteur génétique de mensonge" portera indiscutablement atteinte à la réalité sociologique de la famille.
La République se trompera et se fera peut-être même tromper en accueillant certains prétendants. Qu'il en soit ainsi, puisque seule l'erreur est humaine. La certitude ne l'est pas puisqu'elle n'appartient, paraît-il, qu'au Pape infaillible...

18 septembre 2007

Billet d'humeur - Le retour de l'obscurantisme

On parle beaucoup de la montée du fondamentalisme musulman dans le monde et en Europe, chariant son cortège d'insultes à la dignité humaine et qui couvre d'ombres épaisses la raison que nous cultivons depuis plus de 3 siècles. Outre qu'il est toujours bon de s'interroger sur la portée réelle de ce phénomène, à l'instar du Financial Times, c'est un autre fondamentalisme, plus proche denous, qui m'inquiète.

Le mot est un peu fort, j'en conviens, mais le Président de la République et celle qui aurait pu être la première à accorder ce titre au féminin évoluent dans des univers symboliques inscrits dans le passé, dans la peur, et dans la pénombre.

Nicolas Sarkozy et son Gouvernement ébranlent les principes qui fondent la conception de la justice que notre nation a patiemment construite.
Là où leur plume est serve, obéissant aux directives du Gouvernement, les procureurs ont toujours conservé une liberté de parole et de réquisition qui fait d'eux de véritables agents de la justice, et pas seulement les courroies de transmission du pouvoir exécutif au sein des prétoires. Pourtant, le pouvoir exécutif a été pour le moins maladroit à l'égard de ce principe en convoquant à la chancellerie un procureur dont les propos avaient déplu.
Là où l'on admet que les pouvoirs sont séparés, que la justice non élue doit pouvoir le contester à tout représentant du peuple pour que "le pouvoir arrête le pouvoir", la ministre de la Justice semble vouloir emprunter une autre voie. "La légitimité suprême, c'est celle des Français qui ont élu (Nicolas Sarkozy) pour restaurer l'autorité. Les magistrats rendent la justice au nom de cette légitimité suprême". Tout étudiant ayant passé une année, fut-elle distraite, sur les bancs des facultés de droit verra ici un syllogisme de même rang que le classique exemple qui sert à nous mettre en garde à l'éndroit de ces raccourcis de la pensée : "Un cheval bon marché est rare. Tout ce qui est rare est cher. Un cheval bon marché est donc cher". Les juges rendent bien la justice au nom du peuple français qui leur a conféré toute la légitimité nécessaire en approuvant, le 28 septembre 1958, la Constitution de la Ve République, dont l'empire s'étend au Président de la République.
Il est fallacieux d'affirmer que la justice  est rendue au nom du Président de la République. C'est une insulte faite à notre raison collective. 
Dans sa sagesse, la nation souveraine a souhaité que la justice soit l'émanation du peuple. Pour que la justice soit justice, nous avons choisi qu'elle ne soit pas le reflet du peuple, sujet à de trop nombreux excès.

Quant à Ségolène Royal, l'obscurantisme est biblique, et exprimé ainsi :
"Pardonnez-leur parcequ'ils ne savent pas ce qu'ils font"
"J'ai l'impression en lisant tous ces ouvrages que si j'étais Jeanne d'Arc, j'aurais déjà été brûlée vive"
"J'ai cicatrisé ma blessure" (notez que, le plus souvent, une blessure cicatrise, et qu'un rebouteux cicatrise une blessure)

N'oublions pas de soupeser chaque mot, ils sont porteurs d'un sens que nous pourrions récuser...

13 septembre 2007

L'illusion de la justice

Des "illusionnistes du droit", c'est ainsi que Gabriel Garcia Marquez décrit les avocats dans Cent ans de solitude.
L'illusion du droit c'est en fait, pour l'auteur, l'illusion de la justice. Cette illusion est grande aujourd'hui tant on essaye de faire croire à l'opinion publique que la multiplication des lois, l'inflation des incriminations et le durcissement des peines distribuent plus de justice qu'autrefois.
Comme en toutes choses, le mouvement donne l'illusion de l'action, alors qu'il n'est que gesticulation.
La justice ne passe pas par plus de lois. Elle suppose avant tout des lois plus claires, moins nombreuses. Elle exige des moyens dignes de cette mission régalienne, afin de fournir aux juridictions des magistrats, greffiers et personnels.
Elle réclame enfin de devenir un pouvoir, et non pas une simple autorité jalouse de ceux qui font les lois et de ceux qui les exécutent.
Pourvu que la rupture ne nous donne pas simplement l'illusion d'une réforme de la justice...

25 août 2007

Et tout devient simple, et convaincant

Peu de mots cette fois. Je laisse la place à ces images du professeur Hans Rosling pour deux raisons : l'importance du sujet traité, la capacité du professeur à faire comprendre tout en nuances grâce à son sens scénique et aux technologies déployées. Je crois que Cicéron avait raison, on n'est excellent orateur que secondairement grâce à sa technique oratoire, mais qu'à condition d'épouser la cause que l'on défend.

20 août 2007

Une République lisible

France14 « Lorsque les citoyens sont forcés de s’occuper des affaires publiques, ils sont tirés nécessairement du milieu de leurs intérêts individuels et arrachés, de temps à autre, à la vue d’eux-mêmes ». Je ne saurais contredire Tocqueville dont l’œuvre a magnifiquement saisi les ressorts politiques et sociaux d’une démocratie vigoureuse. Je crois néanmoins utile de compléter son propos, de rajouter une branche à cette observation faite à l’occasion de l’analyse du système politique des Etats-Unis au 19ème siècle. Pour que les citoyens s’intéressent aux affaires publiques, encore faut-il que celles-ci leur donnent à voir une lumière pleine de clarté.

Le référendum du 29 mai 2005 et l’élection présidentielle de 2007 en attestent avec force : les citoyens sont prêts à s’intéresser aux affaires publiques ! Le printemps européen de 2005 aura été l’occasion de débattre pleinement du projet européen et de l’évolution du modèle social français dans cet espace. Nonobstant l’utilisation, par certains, d’arguments qui faisaient plus appel à l’instinct et à la peur qu’à la raison, l’évidence et l’omniprésence du sujet dans toutes les bouches, toutes les colonnes et toutes les ondes conduisent à saluer ce débat de fond sur l’Europe. Le printemps républicain de 2007, qui a attiré près 40 millions de Français dans les bureaux de vote, aura également démontré que la politique, lorsqu’elle renvoie à la confrontation des avenirs possibles, et non aux simples querelles partisanes, peut occuper une place centrale dans les esprits. En 2005 comme en 2007, c’est un débat clairement posé qui a permis aux citoyens d’y prendre part. C’est la lisibilité des arguments en présence qui a rendu les affaires publiques attrayantes aux yeux des citoyens.

Pour que les citoyens reviennent plus durablement aux affaires publiques, celles-ci doivent être soutenues par des fondations plus lisibles. La vie politique repose pleinement sur des principes fondamentaux auxquels nous devons nous intéresser, non par simple goût de la charpente institutionnelle, mais bien pour permettre aux citoyens de s’y repérer. A côté des normes séculaires, tels les droits de l’homme et du citoyen ou la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat, la Ve République est un des piliers de notre système institutionnel. Sans remettre en cause toute la valeur du système issu de la Constitution du 4 octobre 1958, l’approche du cinquantenaire de cette honorable fondation nous impose une réflexion sur les travaux de rénovation et de ravalement que le temps a rendu nécessaires et que notre tissu civique réclame.

Les évolutions de la société, les efforts faits en matière de décentralisation, les avancées en matière de construction européenne ont conduit tant à une segmentation des responsabilités des élus qu’à un accroissement de leur nombre. Les Français ont eu l’impression, à tort, que leurs élus généraient une classe politique de plus en plus nombreuse et disposant d’avantages indus. Comment ne pas comprendre l’éloignement des citoyens et des élus avec pour conséquence la désaffectation des élections législatives ou locales par les premiers et donc la perte de crédibilité des seconds.

Pour résorber rapidement cette crise, il convient d’adopter quelques mesures symboliques montrant clairement à l’opinion qu’être élu ne peut avoir de sens qu’au service de ses concitoyens. Ces mesures doivent concerner 3 niveaux institutionnels : le Parlement, le Gouvernement et les collectivités territoriales.

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14 août 2007

Du prix de la démocratie

Cnccfp_logo Argent et politique, voilà deux notions dont la rencontre provoque à coup sur le débat, les envolées lyriques et démagogiques, la suspicion voire l'invective. Ce sont d'abord les "affaires" qui émergent dans le débat médiatique en ligne quand on s'intéresse au sujet. Les deux premiers résultats dans Google renvoient à des articles de presse (ici pour la condamnation d'Alain Juppé et pour les prémices de la loi de 1995 sur le financement de la vie politique) qui donnent une image fort peu reluisante de la rencontre de ces deux mots, antagonistes dans bien des esprits chagrins.

Pourtant, nous ne devons pas condamner cette association d'idées. Au contraire, nous devons pleinement assumer le coût de la démocratie. Si le plus mauvais des systèmes, à l'exception de tous les autres, doit survire et prospérer, il faut lui en donner les moyens. Les ennemis de la démocratie, qu'ils soient intégristes ou autoritaires, disposent de puissants moyens financiers et affectifs pour la combattre. Que de régimes dictatoriaux, baffouant sans hésitation les droits les plus élémentaires de ceux qu'ils tentent d'asservir, utilisent les richesses qu'ils tirent de leurs ressources naturelles pour irriguer leurs réseaux népotiques, et blâmer au passage les démocraties libérales pour leur décadence, pour les maux qu'elles créent au monde qui les entoure. Nous savons que la démocratie souffre, et s'honore aussi, de tolérer la villénie de ses détracteurs tout en se refusant à s'abaisser à leur niveau pour les combattre.

Puisqu'il est en la matière interdit de combattre le feu par le feu, tâchons de défendre les vertus financières de la démocratie. Commençons donc par tordre le cou aux critiques adressées à l'indécence des dépenses liées à la vie politique.

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13 août 2007

Conseil d'administration de la République...

Je rebondis sur la dernière note publiée par le co-animateur (et dernièrement animateur exclusif) de ce blog traitant de la proposition avancée par le Professeur Guy Carcassonne d'attribuer des jetons de présence aux députés.
L'idée est séduisante et si je souscris à l'essentiel de ce qui a été écrit dans le billet précédent, je tiens à rappeler que les jetons de présence stricto sensu servent à rémunérer les membres des conseils d'administration (ou conseils de surveillance) de sociétés commerciales. Or, contrairement aux députés, les membres de conseils d'administration ne perçoivent aucune autre rémunération. C'est que leur rôle est relativement plus limité que celui que l'on est en droit d'attendre d'un député au sein de l'assemblée nationale.
Partant, il peut paraître choquant que des députés perçoivent une rémunération supplémentaire pour être assidu à leur charge, ce pour quoi ils sont en principe déjà rémunérés. "Travailler plus pour gagner plus" est un credo populaire, je n'en disconviens pas, mais gagner plus sous prétexte de faire tout son travail et rien que son travail est pour le moins discutable.
Il serait donc souhaitable que les jetons de présence éventuellement attribués aux députés constituent en réalité une part variable de leur rémunération actuelle.
Briguer un mandat de député implique des lourdes responsabilités. La très légitime rétribution élevée accordée aux députés ne devrait pas supplanter l'esprit de responsabilité citoyenne que nous sommes en droit d'exiger des membres élus de nos chambres parlementaires.

31 juillet 2007

Des jetons de présence pour les députés ?

Laconstitutioncarcassonne2002 C'est l'idée proposée par Guy Carcassonne, professeur de droit public à l'Université Paris X Nanterre et membre du comité de réflexion Balladur sur la réforme des institutions. Pour qui connaît un peu le brillant constitutionnaliste qu'est le professeur Carcassonne, la proposition n'a rien de surprenant. Un de ses nombreux cheval de bataille dans son ambition de modernisation de la vie institutionnelle est le limite du cumul des mandats. Le postulat de départ de cette réflexion pose que les députés disposent aujourd'hui de prérogatives nombreuses en matière législative ou de contrôle du Gouvernement mais qu'ils ne s'en saisissent que fort partiellement, faute de volonté politique ou d'attention suffisante. Ainsi, faire revenir les députés sur les bancs de l'hémicycle entraînerait peut-être une meilleure utilisation des prérogatives nombreuses que la constitution du 4 octobre 1958 leur confère.
Quelques esprits chagrins font remarquer que le travail d'un député ne saurait être jugé uniquement à l'aune de son temps de présence dans l'hémicycle du Palais Bourbon. En effet, le travail en commission doit être pris en compte pour apprécier de l'implication d'un député, d'autant plus que leur rôle devrait être renforcé par les propositions du comité Balladur. Par ailleurs, les visites en circonscription sont importantes pour les députés afin de garder les deux pieds dans les problèmes quotidiens que rencontrent les citoyens qui les ont porté à la représentation nationale. Concernant ce dernier point, notons que du vendredi au lundi inclus l'Assemblée nationale ne siège pas en plénière, ce qui libère du temps pour ces visites de terrain. Quant au travail des députés en commission, il pourrait être pris en compte en instaurant un système de jetons de présence pour les séances publiques et les travaux en commission, voire en mission d'information ou commission d'enquête. Parallèlement, à condition de permettre aux commissions d'adopter les textes de loi les plus techniques, la réduction du nombre de séances publiques rendra encore plus importante la distribution de jetons de présence aux députés présents en commission.

16 juillet 2007

La rareté de la parole (...) fait-elle sa puissance ?

A en juger par l'écart toujours plus grand qui sépare deux billets sur H2A, je serais tenté de trouver refuge dans ce précepte de Jacques Pilhan selon lequel la parole est forte car elle est rare. Certes, M. Pilhan a spécifiquement conçu cette approche pour la parole présidentielle - statut auquel ma parole ne prétend nullement accéder - dans un champ suffisamment éloigné de la communication publicitaire pour s'émanciper du principe selon lequel l'efficacité de toute communication réside en grande partie dans la répétition du message. Sans disposer des scores de mémorisation de cette campagne, je suis certain que la maxime "Urgo le pansement des héros" est imprimée dans bien des esprits.

Mais je m'égare. Je vous invite en effet à vous rendre sur le tout nouveau PR2Peer pour en découvrir davantage sur le sujet de la parole présidentielle et, plus généralement, sur la communication à l'ère des médias sociaux. Stanislas Magniant et moi-même avons récemment décidé d'explorer la manière dont l'ensemble des champs de la communication sont affectés par la nouvelle place que s'octroient les consommateurs (marketing), les publics (communication d'entreprise), citoyens (communication publique) et électeurs (communication politique) dans la sphère médiatique.

Pour ne pas délaisser si abruptement ces colonnes pour quelques jours (ou semaines) encore, je profite de ce billet pour vous livrer une réflexion sur une autre recomposition à l'oeuvre dans la sphère politique. Comme un pendant à sa volonté d'occuper pleinement l'espace médiatique, l'action de Nicolas Sarkozy conduit des personnalités politiques de l'opposition à occuper avec la majorité le devant de la scène.

D'abord ce fut le tour des ministres d'ouverture, ces personnalités de gauche appelées à porter l'ambition sarkozyste, non sans succès et promesses, tel Bernard Kouchner soufflant le sable écarlate du Darfour dans les yeux de la communauté internationale ou Martin Hirsch veillant à faire remonter les plus démunis dans le train du progrès économique et social. Puis vint le tour de Jack Lang, sollicité pour contribuer au réflexion d'un comité d'experts, présidé par Edouard Balladur, chargés de formuler des propositions de réforme des institutions de la Ve République. Plus récemment, Dominique Strauss-Kahn, ancien ministre de l'Economie et des Finances de Lionel Jospin, a été propulsé candidat de l'Union européenne à la direction générale du FMI que Rodrigo Rato, ancien ministre espagnol de l'Economie de José Maria Aznar (conservateur), abandonnera en octobre prochain.

Face à de tels honneurs, les dirigeants du parti socialiste ont choisi de fuir. Sous la Ve République, plus particulièrement depuis l'apparition du fait majoritaire en 1962, le staut d'opposition a conduit les partis politiques français à user toutes les cordes de la démagogie politicienne, fille de la conforable irresponsabilité dont l'opposition a profité depuis bien trop longtemps déjà.

Mise de côté la participation d'anciens dirigeants ou de sympathisants de gauche au Gouvernement, l'introduction d'une certaine dose de multipartisme dans la vie politique française paraît devoir apporter bien plus d'avantages que d'inconvénients.

Tout d'abord, écartons d'un revers de la main le spectre du consensus mou, ou de la pensée unique. Qui dit réflexion et propositions transpartisanes ne dit pas solution de facilité. Pour s'en convaincre, tournons nos regards vers les Etats-Unis où des élus démocrates et républicains n'ont pas attendu que l'opinion devienne majoritairement hostile à la conduite de la guerre en Irak pour proposer d'amender la politique étrangère de l'administration Bush.

Ensuite, tournons nos regards vers un avenir, peut-être loitain, en tout cas inéluctable, où l'opposition deviendra majorité. La participation de certains de ses dirigeants à des réformes d'ampleur, l'exercice de responsabilités par les futurs ministres d'un gouvernement de gauche et l'instillation d'un esprit de construction politique au sein de l'ensemble de la classe politique seront de nature à favoriser une reprise rapide et habile du pouvoir par ceux qui en auront été dépourvus, pour le plus grand bénéfice de la France.

Le Président de la République prépare-t-il d'ores et déjà ce moment inévitable où ses soutiens devront renoncer au pouvoir ? On peut certes douter qu'il s'agisse là de sa volonté première. Au nom de notre démocratie, on ne peut que l'en remercier.

03 mai 2007

Du caractère structurant de l'élection présidentielle

Alors que le sacro-saint débat entre les deux finalistes de l'élection présidentielle - dont nous avions été privé en 2002 - est passé et que ce billet interrompt une longue pause sur ce blog, il est intéressant de noter que le caractère structurant de l'élection présidentielle se fait moins ressentir auprès des "gros" candidats à la présidentielle que des "petits" candidats ou des candidats aux élections législatives.

François Bayrou ou Jean-Marie Le Pen - que seuls des scores supérieurs à 10% et leur posture anti-système rapprochent - ne se sentent pas tenus de rallier Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal pour le deuxième tour, sans doute à raison de la capacité que leur donnent les résultats du 1er tour à peser sur les prochaines élections législatives. Dans de nombreuses circonscriptions, les candidats de Jean-Marie Le Pen et de François Bayrou (près de 500) pourront en effet être présents au second tour et gêner ainsi les éventuels duels PS-UMP, à condition que les électeurs votent de la même manière en juin qu'en avril, ce qui est loin d'être assuré. En effet, les électeurs sont bien plus légitimistes à l'occasion des élections législatives suivant une élection présidentielle qu'à cette dernière, comme l'a par exemple illustré l'incapacité de l'extrême gauche ou de l'extrême droite à transformer leurs performances électorales d'avril 2002 en sièges au Palais Bourbon en juin 2002.

Aussi, en cet été avancé, les candidats ayant réalisé des scores inférieurs à 5% se sont tous ralliés, à ma connaissance, à l'un des deux candidats encore en lice. De manière générale, ceux qui se fixent des objectifs à court terme, telle une ré-élection à l'Assemblée nationale en juin prochain, semblent plutôt se ranger dans le sillage d'un candidat de deuxième tour. On observe ainsi qu'à cette date environ 2/3 des députés UDF ont rallié Nicolas Sakozy, là où seuls 1/3 des sénateurs UDF (Union Centriste) ont fait ce choix, sénateurs qui peuvent accueillir de manière plus sereine leur ré-élection, tant à raison du calendrier sénatorial (prochaines élections en septembre 2008) que du mode de scrutin qui ne lie pas une élection sénatoriale à celle du Président de la République.

Quant à Jean-Marie Le Pen et François Bayrou, il est probable qu'avec le mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours, il leur faudrait conclure des alliances de second tour pour obtenir un nombre significatif de sièges, respectivement avec l'UMP et le PS ? Le débat reste ouvert...

PS : j'ai bien évidemment regarder le débat entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. A chaud, je regretterai seulement que Patrick Poivre d'Arvor et Arlette Chabot n'aient pas plus joué le rôle d'arbitres en tranchant par exemple les désaccords factuels entre les deux candidats (part du nucléaire en France, soit environ 50% 80% de l'électricité et 20% de l'énergie, nombre d'enfants handicapés scolarisés en France passé de 89.000 en 2002 à près de 160.000 en 2007, etc.). Cantonnés à l'introduction d'un ordre du jour qui n'a pas été suivi à la lettre, loin s'en faut, leur valeur ajoutée ne m'est pas clairement apparue.

17 mars 2007

e-militantisme, Club Sénat et Live Blogging

Comme annoncé dans ma note d'ouverture du colloque organisé par Club Sénat sur le thème de l'e-démocratie, je reviens sur cette première expérience de livre blogging et sur les sujets abordés à cette occasion.

En relisant les quelques notes publiées ce 14 mars, j'ai le sentiment que l'exercice d'écriture instantanée n'est pas entièrement incompatible avec l'exercice d'un regard critique, avec l'apport au débat d'une réflexion et pas seulement d'une voix supplémentaire - je fais ici exception des quelques notes portant sur la deuxième table ronde, la régie de Public Sénat ayant réquisitionné les blogueurs de service (1, 2 & 3) pour trouver des données utiles ou décalées sur Internet afin de faire des inserts dans la couverture TV en direct.

Bien que l'exercice ait été plutôt plaisant et intéressant, je continue à penser que les blogs (écrits) ont beaucoup plus à apporter au débat public en prenant le temps du recul, du commentaire, de l'analyse. Cette approche vaut pour le moins dans les systèmes où la liberté de la presse est telle que l'information circule sans entraves. Dès lors que des limites sont posées à cette liberté, la capacité de diffusion de l'information sur Internet remplit un office des plus fondamentaux à la démocratie. Pour ma part, je laisserai donc aux médias audiovisuels (TV, radio, videocasting, etc.) le soin de raconter ou de faire voir afin de me concentrer sur le dialogue qui contribue à modeler le débat et, de proche en proche, à mettre notre société en mouvement.

Pour conclure, je vous renvoie vers un site qui me paraît s'inscrire dans cette lenteur, cette prudence et ce doute que le temps moderne nous presse trop souvent de négliger : e-campagne 2007 sur Arte.tv, le blog de journalistes qui analysent la campagne présidentielle et préparent un documentaire qui sera diffusé sur Arte le 8 mai prochain. Disclosure : Elodie m'a interrogé à la fin de la conférence, je ne sais pas encore si elle compte utiliser mes commentaires recueillis à chaud...

14 mars 2007

L'Etat face à Google

Sur ce sujet, à savoir celui de la dissémination de l'information et du savoir sur Internet, je vous renvoie à un ancien billet. Google n'est pas notre ennemi : "don't shoot the messenger". Ou alors Google est plus qu'une simple porte d'accès, un éditeur. Sans doute pas...

L'essor des technologies de l'information et de la communication

On parle beaucoup de logiciels libres en ce début de table ronde. Pour faire simple, je vous propose de suivre cette table ronde en direct sur le site de Public Sénat, ce qui me permet de réfléchir un peu avant d'écrire...

Nous attendons le direct

Sur Public Sénat...

Pause

Reprise dans 15 minutes, sur le thème des propositions NTIC des candidats.

Autorégulation : dans un cadre déjà délimité

L'autorégulation est certainement une approche qui mérite d'être développée en France, mais comme on dit dans l'armée, la confiance ne doit pas exclure le contrôle, faute d'observer une forme de débat que nombreux récusent certainement :
Je_vote_oui_2

La campagne présidentielle vue d'ailleurs

Observer_france24 L'ouverture, la curiosité, les points de vue extérieurs, c'est également cela Internet. Une belle initiative de France 24 :
http://observer.france24.com/

Communication en ligne en période électorale

Il est dommage de constater que la communication politique en période électorale est toujours bridée en France, y compris sur Internet à en juger par la recommandation du forum des droits sur Internet qui étend la logique appliquée aux médias traditionnels (interdiction de la publicité par voie de presse ou d'affichage dans les 4 mois qui précèdent le premier tour de scrutin) aux médias en ligne. Il est pourtant important que le débat politique se propage aussi largement que possible sur Internet, y compris à travers les Google adwords.

La mesure des retombées des blogs

Peut-on tout mesurer ? En tout cas il est certain que les données d'opinion sont toujours moins objectives que des faits observables.
"Diriez-vous que les blogs et Internet ont influencé votre choix dans la dernière élection présidentielle ?" Voilà une question qui, peu ou prou libellée de la sorte, fera son apparition dans des enquêtes d'opinion cet été. Seulement, sommes-nous capables de dire si les blogs nous ont plus influencé que la radio, la presse, la télévision, les conversations de comptoir, et tous les autres moments de débat qui viennent contribuer au façonnage de nos opinions. Le débat de la mesure d'efficacité des blogs reste ouvert...