Ethique & Esthétique
Comme je l'indiquais dans ma précédente note - veille d'un mois déjà - je reviens ici sur le débat lancé par Pierre Zemor, conseiller d'Etat et président de l'association Communication publique sur le rôle et le périmètre de la communication politique en cette période pré-électorale - voir la réponse de celui-ci dans Le Figaro à une tribune publiée dans les mêmes colonnes par un collectif de publicitaires et consultants en communication auquel j'appartiens. Notre contradicteur s'élève ainsi contre une confusion entre politique et consommation, les idées politiques ne pouvant selon lui être promues, ou pis encore, vendues, selon les mêmes procédés et à travers les mêmes canaux de communication que des pots de yaourt.
Avant d'opposer d'autres arguments à Pierre Zemor, il convient de nous arrêter sur ce point pour constater notre convergence de vues. Une communication politique qui emprunterait aux codes de la communication commerciale serait à la fois fort peu respectueuse de ses destinataires et, partant, peu efficace. Comme l'a dit Dominique Wolton, le plus compliqué dans la communication n'est ni le message, ni la technique, mais le récepteur. Ce serait faire insulte à tout citoyen que de lui proposer "d'acheter" tel ou tel candidat en ne mettant en avant que les attributs que celui-là espère trouver dans celui-ci. Un mandat politique ne saurait être confié à celle ou celui qui aura su le mieux respirer l'air du temps pour en restituer de manière aussi synthétique que possible l'odeur à l'électeur. A cet égard, le satisfecit que Pierre Zemor adresse à Ségolène Royal à raison de sa volonté d'écouter les citoyens et de les associer aux décisions publiques pourrait tout autant être remplacé par une mise en garde contre toute tentation de marketing de la demande vêtu du manteau usurpé et troué d'une démocratie revigorée. Quand, au sujet de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, Ségolène Royal dit que son opinion est celle du peuple français, il n'est pas certain que la démocratie, représentative ou participative, sorte renforcée d'une telle approche.
Certes, en matière de débat public et d'avenir de la République, les citoyens attendent plus qu'ailleurs un fondement éthique aux propositions qui leur sont faites ainsi qu'un dialogue sincère sur les décisions, parfois difficiles, qui devront être prises. La mise en place d'instances de consultation ou de concertation, le renforcement des procédes de démocratie semi-directe - à l'instar des référendums locaux ou d'initiative populaire - ou l'essor, sur Internet, d'un forum public beaucoup plus ouvert que par le passé sont autant d'éléments que la communication politique doit intégrer. Elle le doit d'ailleurs d'autant plus qu'en politique, éthique et esthétique nous paraissent indissociables.
Au sein de la République romaine, fondée sur la participation effective et éclairée des citoyens à la vie publique, Cicéron suggérait ainsi que l'esthétique, la dramaturgie et le talent furent mis au service de l'éthique, de la raison et de la philosophie. Un défaut d'exposition et d'explication aux citoyens rendrait ainsi aride toute ambition politique. Cette dernière se doit d'être mise en tension vers l'ensemble des citoyens à l'aide de procédés qui font appel tant à leurs capacités cognitives qu'affectives. Les notions de nation ou de communauté de destins ne pourraient être réduites à de froides constructions rationnelles. L'émotion, les frissons que l'on ressent face à des élans de solidarité ou d'union nationale ne sauraient être uniquement affaire de mots, les symboles ayant toute leur place dans l'espace public. Il nous faut certes écarter les dérives démagogiques du débat politique. Ne renonçons pas pour autant à nous insinuer dans les coeurs, à condition qu'il s'agisse ainsi de mieux convaincre les esprits.
L'affichage politique, en tant que tel, est un outil limité au service du débat politique. Ces messages sont souvent simples, affirmatifs ou péremptoires. Couplé à l'ensemble des supports et canaux mis à la disposition des acteurs politiques, la simplicité de l'affichage devient une force d'interpellation du citoyen. Son universalité nous attrait dans le débat politique et nous expose à l'ensemble des valeurs, sinon des idées, qui y sont défendues. L'affiche répète avec détermination que gauche et droite n'est pas égal à blanc bonnet et bonnet blanc comme ne cessent de le répéter les extrêmistes de tout bord. L'affiche est la puissante parole des acteurs politiques considérés comme étant de moindre envergure par les médias audiovisuels de masse. L'affiche interpelle, l'affiche éclaire à nos yeux tous les possibles du débat politique : forums, blogs, réunions publiques, tribunes dans la presse, etc.
La Ville de Paris et Arlette Laguiller nous fournissent, dans leurs styles respectifs, deux illustrations de la puissance de l'affiche politique.
Alors que les sondages et, non sans lien, les informations TV ou radio lui consacrent une place moindre qu'en 2002, Arlette Laguiller et Lutte Ouvrirère ont choisi de s'exposer en "4*3" tout au long du mois de décembre afin de rappeler leur propos, avec le temps devenu rengaine, et de confirmer leur territoire politique. Une tribune dans la presse, un message sur un site Internet ou une série de réunions publiques ne pourraient prétendre à la même faculté d'interpellation.
Soucieuse de faire participer le plus grand nombre aux prochaines élections, la Ville de Paris a mis en place une campagne d'affichage, couplé à un site Internet, rappelant l'importance de l'insciption sur les listes électorales. Il serait paradoxal que l'on autorise ainsi la cause politique à utiliser l'affichage commercial et qu'on dénie dans le même temps cette possibilité aux idées et valeurs qui nourrissent tout débat politique.
Par-delà l'affichage, comme l'ont très justement écrit les auteurs de Netpolitique sur le site Débat 2007, il convient désormais de se pencher sur les règles qui gouvernent la communication politique dans son ensemble à l'aune des nouvelles possibilités de débat et de mobilisation ouvertes sur Internet. Lançons donc, dès juin 2007, le chantier d'accompagnement d'un débat politique ouvert à un large éventail d'acteurs dans le cadre d'un espace public modernisé.

http://unhumainunevoix.com
Bonjour
voila pour moi la meilleur façon de mettre en place la démocratie.
Merci de faire passer.
cordialement.
Rédigé par: bong | le 20 février 2007 à 01:04