Clémence envers les victimes
Plus de 30 ans après la loi Weil du 15 janvier 1975, c'est au tour d'un des derniers bastions européens de défense du droit à la vie de basculer vers le droit au choix. Les Portugais étaient appelés aux urnes aujourd'hui pour décider d'autoriser ou non les femmes à avoir recours, hors les cas de viol ou de risques médicaux, à des interruptions volontaires de grossesse dans les 10 premières semaines de celle-ci.
A 59%, les Portugais ont ainsi souhaité abolir la double peine qui frappait les femmes ayant jusqu'alors recours à l'IVG; la moindre des deux, la peine juridique, étant les 3 ans d'emprisonnement prévus pour une telle 'infraction", la pire, la peine humaine, étant la clandestinité et son inévitable cortège de drames et douleurs. Une femme ayant recours à un IVG est sans doute possible victime et non coupable. Tantôt victime d'un crime, tantôt victime de ses errements ou de ceux des autres. Il sied à nos sociétés d'êtres clémentes envers les victimes, quelles que puissent être leurs erreurs. De tout cela, je ne peux donc que me réjouir.
Le gouvernement socialiste de José Socratès a annoncé qu'une loi allait être votée d'ici à l'été afin de dépénaliser l'avortement. En effet, le taux de participation au referendum ayant été inférieur à 50%, son résultat n'a aucune force juridique. Qu'un enjeu d'une telle importance, dans un pays où la foi catholique est largement répandue et où l'église catholique s'est largement répandue en sermons hostiles à l'IVG, reste ignoré par 54% des électeurs me surprend et me désole. Quand le pacte fondamental d'une société est chahuté ou réformé, c'est tout le corps social qui devrait prendre part au débat. Quand tel n'est pas le cas, n'oublions pas de nous interroger sur ce phénomène, pour qu'enfin nous puissions activer les leviers - traditionnels ou nouveaux - de participation aux affaires publiques.

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