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01 mars 2007

Le centre et la cohabitation

Tract_01_1 A mesure que la cote de popularité et les intentions de vote en faveur de François Bayrou grimpent vers les cîmes selon certains, vers les refuges de mi-hauteur de manière plus certaine, de nombreux commentateurs de la vie publique rapprochent le projet d'union nationale du candidat UDF des périodes de cohabitation que la France a connues ces 20 dernières années - voir ici pour les blogs ou pour les médias traditionnels par exemple.
Outre que cette approche révèle un manque criant de discernement entre les notions de cohabitation et de coalition, elle ne pose pas la question des contraintes inhérentes à la stratégie de François Bayrou en des termes qui favorisent le débat.

La cohabitation est la situation, propre au régime semi-présidentiel de la France, où un Président de la République se retrouve peu ou prou dépossédé de sa capacité à faire initier par d'autres, le Premier ministre, le Gouvernement ou le Parlement, les actions qui servent son programme présidentiel. A s'en tenir à la lettre de la Constitution du 4 octobre 1958, le Président se voit en effet confier peu de prérogatives propres au-delà de celles qui participent du fameux "domaine réservé", pour l'essentiel la conduite de la politique de défense et des affaires étrangères de la France. De manière schématique, le Gouvernement détermine et conduit la politique de la nation, le Parlement vote les lois et le Gouvernement les applique. Aussi, le Président de la République dispose-t-il d'une influence considérable sur les pouvoirs exécutif et législatif à raison de son emprise sur la composition des organes qui en sont les dépositaires. Depuis 1962, les élections législatives sont plus souvent l'occasion de prendre position pour ou contre le pensionnaire élyséen, fraîchement élu ou non, que d'élire un candidat à l'Assemblée nationale en fonction de son programme pour le développement de sa circonscription - cette description est volontairement simpliste afin de représenter toute l'importance du caractère structurant de l'élection présidentielle. Dès lors, les députés devant plus leur mandat à leur appartenance au camp du Président, ou au camp inverse, qu'à d'autres facteurs plus contingents, ils ne se dressent plus sur le chemin qui sépare Matignon de l'Elysée et acceptent le Premier ministre nommé par le Président de la République. En cohabitation, les députés de la majorité doivent au contraire leur victoire à leur opposition au Président de la République auquel ils imposent donc le choix du Premier ministre, Jacques Chirac en 1986, Edouard Balladur en 1993, Lionel Jospin en 1997. Partant, le partage des rôles est assez clair. En période de convergence des majorités présidentielle et législative, le Président détient indirectement l'essentiel du pouvoir politique - ce qui n'est pas nécessairement une situation souhaitable, loin s'en faut. En période de cohabitation, c'est le Premier ministre et son Gouvernement, soutenus par une majorité stable à l'Assemblée nationale, qui exercent pleinement les prérogatives que la lettre de la Constitution leur confie.

Le système des coalitions est assez largement étranger au système institutionnel de la Vème République. Dans de nombreux régimes parlementaires européens, tels l'Allemagne, l'Autriche, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, l'Espagne, la Belgique et d'autres encore, les partis politique sont souvent contraints à conclure des alliances post-électorales afin de constituer un ensemble majoritaire au Parlement qui soutiendra le gouvernement. Lors des élections fédérales de 2005 en Allemagne par exemple, les urnes n'ont pas désigné de camp victorieux, la majorité des électeurs n'a pas confié les clés du pouvoir à la CDU plutôt qu'au PSD, au FDP ou aux Grünen. Ce sont les deux premiers qui, une fois les élections passées, ont défini un accord de Gouvernement sur lequel le peuple n'a pas eu son mot à dire. On peut alors dire, comme sous les IIIème et IVème Républiques en France, que le pouvoir est partagé entre deux camps qui ont su trouver des compromis sur les principaux points qui ont occupé les débats électoraux (retraites, sécurité sociale, fiscalité, etc.)

On voit bien qu'en période de cohabitation, le pouvoir est soit à l'Elysée, soit à Matignon. Jamais il n'est partagé. En situation de coalition, le pouvoir est partagé entre plusieurs partis qui éprouveront d'autant plus de difficultés à se distinguer de leurs partenaires gouvernementaux à l'approche des élections. En cohabitation, le souverain, peuple ou nation, a choisi. Une coalition est au contraire le lieu de l'indécision souveraine où des mécanismes électoraux moins tranchés, mais peut-être plus représentatifs des courants politiques, conduisent souvent.

Dès lors, la question qu'il convient d'adresser à François Bayrou n'est pas tant celle de la cohabitation, ce qui le priverait de toute influence réelle sitôt élu, ni de la coalition, qui se déciderait une fois les élections législatives passées. La juste question est celle des étiquettes de candidats qui seraient autorisés ou invités à se prévaloir d'un soutien à François Bayrou, et de son adoubement en retour, une fois leur élection à un siège de député acquise.
L'UDF a-t-elle vocation ou prétention à constituer à elle seule une majorité ? Cela nous paraît peu probable compte tenu de l'étiage de l'électorat centriste, sans doute bien moindre (vraisemblablement autour de 20%) que ce qu'un homme, fut-il centriste, serait capable de constituer sur son nom, son être et sa vision dans le cadre d'une élection présidentielle.
Des candidats PS, UMP, radicaux des deux bords, verts et autres feraient-ils allégence à François Bayrou, ce dernier les accepteraient-ils sous son aile ? Une majorité composée de députés issus des rangs de l'UDF et d'ailleurs ne serait pas une coalition mais plutôt une nouvelle majorité plurielle si le contrat de mandature était passé avant le terme des joutes électorales.
Plutôt que de renvoyer la stratégie de François Bayrou aux faux démons de la cohabitation ou à une improbable coalition, interrogeons-le sur la physionomie d'une éventuelle majorité plurielle soutenant François Bayrou.

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» Le centre et la cohabitation de anham reporter AgoraVox
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Commentaires

Lumineux, remarquable et fort juste. Bravo.

Merci à Copeau pour une critique qui sonne d'autant plus agréablement à l'oreille que l'on peut lire son très bon billet sur le même sujet : http://copeau.org/index.php?2007/03/02/791-bayrou-le-centre-les-presidentielles-et-apres

La question étant aussi celle la? que se passe-t-il en cas de second tour Bayrou-Sarkozy ? 90% de chances que le candidat centriste soit élu à mon humble avis mais plus grave probablement étant la disparition du Parti Socialiste. ON se dirigerait quasi inexorablement vers une démocratie francaise à la sauce américaine. Un grand parti très à droite et conservateur, les républicains UMP, et un parti centriste s'inspirant de ce que bon lui semble pour lui premettre d'être élu, les démocrates UDF.
Cependant, Anthony le sait bien et connait mes penchants gauchistes, Bayrou est bien un homme de droite, en atteste les quelques analyses lumineuses d'un fameux journaliste et économiste du nouvel observateur: http://philippeaskenazy.blogs.nouvelobs.com/archive/2007/03/05/promenade-dans-les-propositions-de-bayrou.html
a ciao

Pour rajouter à ma sauce, je conseille aussi la lecture de ce portrait de Bayrou le "neither/nor" selon le NY Times:
http://www.nytimes.com/2007/03/08/world/europe/08france.html?_r=2&ref=world&oref=slogin&oref=slogin

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