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16 juillet 2007

La rareté de la parole (...) fait-elle sa puissance ?

A en juger par l'écart toujours plus grand qui sépare deux billets sur H2A, je serais tenté de trouver refuge dans ce précepte de Jacques Pilhan selon lequel la parole est forte car elle est rare. Certes, M. Pilhan a spécifiquement conçu cette approche pour la parole présidentielle - statut auquel ma parole ne prétend nullement accéder - dans un champ suffisamment éloigné de la communication publicitaire pour s'émanciper du principe selon lequel l'efficacité de toute communication réside en grande partie dans la répétition du message. Sans disposer des scores de mémorisation de cette campagne, je suis certain que la maxime "Urgo le pansement des héros" est imprimée dans bien des esprits.

Mais je m'égare. Je vous invite en effet à vous rendre sur le tout nouveau PR2Peer pour en découvrir davantage sur le sujet de la parole présidentielle et, plus généralement, sur la communication à l'ère des médias sociaux. Stanislas Magniant et moi-même avons récemment décidé d'explorer la manière dont l'ensemble des champs de la communication sont affectés par la nouvelle place que s'octroient les consommateurs (marketing), les publics (communication d'entreprise), citoyens (communication publique) et électeurs (communication politique) dans la sphère médiatique.

Pour ne pas délaisser si abruptement ces colonnes pour quelques jours (ou semaines) encore, je profite de ce billet pour vous livrer une réflexion sur une autre recomposition à l'oeuvre dans la sphère politique. Comme un pendant à sa volonté d'occuper pleinement l'espace médiatique, l'action de Nicolas Sarkozy conduit des personnalités politiques de l'opposition à occuper avec la majorité le devant de la scène.

D'abord ce fut le tour des ministres d'ouverture, ces personnalités de gauche appelées à porter l'ambition sarkozyste, non sans succès et promesses, tel Bernard Kouchner soufflant le sable écarlate du Darfour dans les yeux de la communauté internationale ou Martin Hirsch veillant à faire remonter les plus démunis dans le train du progrès économique et social. Puis vint le tour de Jack Lang, sollicité pour contribuer au réflexion d'un comité d'experts, présidé par Edouard Balladur, chargés de formuler des propositions de réforme des institutions de la Ve République. Plus récemment, Dominique Strauss-Kahn, ancien ministre de l'Economie et des Finances de Lionel Jospin, a été propulsé candidat de l'Union européenne à la direction générale du FMI que Rodrigo Rato, ancien ministre espagnol de l'Economie de José Maria Aznar (conservateur), abandonnera en octobre prochain.

Face à de tels honneurs, les dirigeants du parti socialiste ont choisi de fuir. Sous la Ve République, plus particulièrement depuis l'apparition du fait majoritaire en 1962, le staut d'opposition a conduit les partis politiques français à user toutes les cordes de la démagogie politicienne, fille de la conforable irresponsabilité dont l'opposition a profité depuis bien trop longtemps déjà.

Mise de côté la participation d'anciens dirigeants ou de sympathisants de gauche au Gouvernement, l'introduction d'une certaine dose de multipartisme dans la vie politique française paraît devoir apporter bien plus d'avantages que d'inconvénients.

Tout d'abord, écartons d'un revers de la main le spectre du consensus mou, ou de la pensée unique. Qui dit réflexion et propositions transpartisanes ne dit pas solution de facilité. Pour s'en convaincre, tournons nos regards vers les Etats-Unis où des élus démocrates et républicains n'ont pas attendu que l'opinion devienne majoritairement hostile à la conduite de la guerre en Irak pour proposer d'amender la politique étrangère de l'administration Bush.

Ensuite, tournons nos regards vers un avenir, peut-être loitain, en tout cas inéluctable, où l'opposition deviendra majorité. La participation de certains de ses dirigeants à des réformes d'ampleur, l'exercice de responsabilités par les futurs ministres d'un gouvernement de gauche et l'instillation d'un esprit de construction politique au sein de l'ensemble de la classe politique seront de nature à favoriser une reprise rapide et habile du pouvoir par ceux qui en auront été dépourvus, pour le plus grand bénéfice de la France.

Le Président de la République prépare-t-il d'ores et déjà ce moment inévitable où ses soutiens devront renoncer au pouvoir ? On peut certes douter qu'il s'agisse là de sa volonté première. Au nom de notre démocratie, on ne peut que l'en remercier.

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