Billet d'humeur - Le retour de l'obscurantisme
On parle beaucoup de la montée du fondamentalisme musulman dans le monde et en Europe, chariant son cortège d'insultes à la dignité humaine et qui couvre d'ombres épaisses la raison que nous cultivons depuis plus de 3 siècles. Outre qu'il est toujours bon de s'interroger sur la portée réelle de ce phénomène, à l'instar du Financial Times, c'est un autre fondamentalisme, plus proche denous, qui m'inquiète.
Le mot est un peu fort, j'en conviens, mais le Président de la République et celle qui aurait pu être la première à accorder ce titre au féminin évoluent dans des univers symboliques inscrits dans le passé, dans la peur, et dans la pénombre.
Nicolas Sarkozy et son Gouvernement ébranlent les principes qui fondent la conception de la justice que notre nation a patiemment construite.
Là où leur plume est serve, obéissant aux directives du Gouvernement, les procureurs ont toujours conservé une liberté de parole et de réquisition qui fait d'eux de véritables agents de la justice, et pas seulement les courroies de transmission du pouvoir exécutif au sein des prétoires. Pourtant, le pouvoir exécutif a été pour le moins maladroit à l'égard de ce principe en convoquant à la chancellerie un procureur dont les propos avaient déplu.
Là où l'on admet que les pouvoirs sont séparés, que la justice non élue doit pouvoir le contester à tout représentant du peuple pour que "le pouvoir arrête le pouvoir", la ministre de la Justice semble vouloir emprunter une autre voie. "La légitimité suprême, c'est celle des Français qui ont élu (Nicolas Sarkozy) pour restaurer l'autorité. Les magistrats rendent la justice au nom de cette légitimité suprême". Tout étudiant ayant passé une année, fut-elle distraite, sur les bancs des facultés de droit verra ici un syllogisme de même rang que le classique exemple qui sert à nous mettre en garde à l'éndroit de ces raccourcis de la pensée : "Un cheval bon marché est rare. Tout ce qui est rare est cher. Un cheval bon marché est donc cher". Les juges rendent bien la justice au nom du peuple français qui leur a conféré toute la légitimité nécessaire en approuvant, le 28 septembre 1958, la Constitution de la Ve République, dont l'empire s'étend au Président de la République.
Il est fallacieux d'affirmer que la justice est rendue au nom du Président de la République. C'est une insulte faite à notre raison collective.
Dans sa sagesse, la nation souveraine a souhaité que la justice soit l'émanation du peuple. Pour que la justice soit justice, nous avons choisi qu'elle ne soit pas le reflet du peuple, sujet à de trop nombreux excès.
Quant à Ségolène Royal, l'obscurantisme est biblique, et exprimé ainsi :
"Pardonnez-leur parcequ'ils ne savent pas ce qu'ils font"
"J'ai l'impression en lisant tous ces ouvrages que si j'étais Jeanne d'Arc, j'aurais déjà été brûlée vive"
"J'ai cicatrisé ma blessure" (notez que, le plus souvent, une blessure cicatrise, et qu'un rebouteux cicatrise une blessure)
N'oublions pas de soupeser chaque mot, ils sont porteurs d'un sens que nous pourrions récuser...

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