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04 janvier 2008

Indicateurs d'efficacité politique & Civilisation

Petite réaction à un très bon billet d'Authueil sur la primauté du politique (remise de la légion d'honneur et "carnets de notes" des ministres).

De manière générale, l'action du pouvoir exécutif et de son chef officieux, le Président en matière de réforme de l'État est intéressante - le chef officiel, ou constitutionnel, du pouvoir exécutif est le Premier Ministre, détenteur du pouvoir règlementaire, qui semble pour une fois bien associé à la démarche de notation des ministres. Cette approche permet d'obliger les ministres à l'action, et pas simplement à la gesticulation ou à l'affichage.

Comme le disait Einstein, ce qui ne se mesure pas n'existe pas. Pour faire exister l'action politique, rien de tel que de lui assigner des objectifs quantifiables. Seulement les indicateurs de performance doivent être choisis avec soin.

De bons indicateurs sont nécessairement quantifiables et, partant, souvent d'apparence contingente. Dans l'ombre de leur simplicité de façade, se dessine toujours un projet de société. Livrons-nous à une petite analyse.

- Nombre d'heures supplémentaires effectuées par les enseignants et ancienneté des enseignants en ZEP pour le ministre de l'Education nationale. Derrière le premier indicateur, se cache l'implication souhaitée des enseignants. Derrière le second, la volonté de l'Etat de contribuer à l'égalité des chances.

- Taux d'échec en licence et nombre d'universités ayant opté pour les nouveaux modes de gouvernance pour la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. En premier, la bonne orientation des étudiants. En second, la compétitivité du système d'enseignement supérieur dans son ensemble.

- Nombre d'étrangers en situation irrégulière expulsés et nombre d'étrangers admis au titre de l'immigration de travail. On pénètre ici dans une zone de turbulences qui tend à me donner la nausée. Faisant fi de mon malaise, je me force à plonger le regard dans ces deux indicateurs, cristallisant ici le rapport de la France aux pays en développement et à leurs populations en détresse, pour découvrir une nation qui refuse de prendre à bras le corps les problèmes que posent les inégalités persistantes entre pays du 'Nord' et du 'Sud'.

On voit donc que les 2 premières séries d'indicateurs suffisent à incarner un projet positif. En revanche, la série de 2 indicateurs liés à l'immigration renvoie nécessairement à une vision étriquée du monde, à une France fortifiée.

Il est donc important de bien choisir ses indicateurs de performance, surtout lorsque l'on ambitionne de mener une politique de civilisation. Bien évidemment, chaque ministre disposera certainement de plus de deux indicateurs pour juger de son action. Mais les indicateurs emblèmes devront être sélectionnés avec le plus grand soin. Pour l'immigration et le développement, j'aurais par exemple choisi un indicateur lié par exemple aux moyens mis en oeuvre pour aider les immigrés, fussent-ils en situation irrégulière, à contribuer au développement économique de leur pays d'origine, ou encore un autre recensant le nombre d'étudiants étrangers accueillis et formés en France puis retournés, forts de ce bagage, dans leur pays. Mais là, c'est sans doute une autre approche de la "civilisation" que celle qui a inspiré notre Gouvernement jusqu'alors.

PS : je viens de découvrir que LeMonde.fr a mis en place une fonctionnalité de citation de ses articles pour les blogueurs. C'est une très bonne initiative qui nous permet enfin de disposer de liens permanents vers leurs articles. Ne reste plus à notre bon vieux quotidien de référence qu'à rendre ses archives gratuites, à l'instar du NYT ou du WSJ...

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