Je ne sais pas si certains l’on noté, mais Le Monde vient de
sortir une nouvelle formule. L’ambition d'Eric Fotorino est clairement affichée : '"améliorer notre offre éditoriale est
à nos yeux une "ardente
obligation", afin de rendre chaque jour Le Monde plus pertinent, plus accueillant et, au final, plus
indispensable.".
A lire les réactions
des internautes, cette nouvelle formule ne semble pas faire l’unanimité. A
voir si les chiffres le confirment.
Ce lancement amène plusieurs réflexions :
D’une part, la nouvelle formule d’un journal comme Le Monde, est une vieille affaire dans l'histoire des médias français depuis un quart de siècle. En faisant quelques recherches su r le site de l'INA, on trouve des
choses intéressantes comme ce sujet
diffusé sur le journal d’Antenne 2 en … 1984 et qui évoque (déjà !) les
profondes difficultés du quotidien. La nouvelle formule était alors un sujet
« en soi ».
Rebelote en 1995 : une autre vidéo intéressante montre Jean-Marie
Colombani, toujours au 20 heures, interrogé sur la nouvelle maquette.
L’objectif était alors de conserver l’ADN du Monde tout en faisant un journal
« plus rythmé, mieux structuré, plus aéré »… Cela rappelle quelque
chose…
Après de sérieuses turbulences, notamment suite à la
publication du livre de Pierre Péan et
de Philippe Cohen, La face cachée du Monde, le
journal lance de nouveau en 2005 une nouvelle « formule ». Cette
fois-ci, pour changer et afin de faire face à la baisse du lectorat et aux
problèmes financiers, on reformate et on « réinvente » le journal : « Le
quotidien lance aujourd’hui une nouvelle formule avec plus de photos, moins
d’articles, de la couleur et des caractères plus gros. » expliquait à
l’époque le patron du journal.
3 millions d’euros sont alors investis dans une campagne de pub. Rien que ça.
Dès le départ,
des critiques sont formulées, à la fois sur la forme
et sur la stratégie adoptée.
Après avoir connu un pic dans les premiers jours, l’érosion des ventes se confirme dans
les mois qui suivent.On voit donc que tous les efforts entrepris depuis plus de vingt ans n'ont finalement servis à rien.
Second constat, cette version « rénovée », a peu
retenue l’attention des médias. Le site du Nouvel Observateur par exemple (Le
Monde et Le Nouvel Obs ayant des liens capitalistes) reprend pour l’essentiel
la dépêche AFP. Peu de choses à noter également dans la blogosphère. En tout cas nous sommes loin du
« tapage médiatique » des rénovations précédentes.
Troisièmement, la nouvelle
nouvelle formule me fait penser au quotidien anglais The Guardian. Loin d’être expert dans l’analyse
des maquettes de journaux, je peux dire à titre personnel et en tant que
lecteur quasi quotidien du Monde que cette formule rénovée me laisse sur ma
faim, parce qu’elle n’apporte rien de véritablement nouveau dans le
« parcours de lecture ».
Quatrièmement, la santé
financière du Monde reste quoi qu’il arrive très précaire, l’obligeant à
négocier des prêts, ce qui en dit long sur la situation de la presse française.
Et quid du web ?
Europe
1 souligne que « cette nouvelle
formule affichera plus de complémentarité avec le site internet du Monde.
Preuve de ce rapprochement : les équipes du monde.fr rejoindront celles du
quotidien d'ici la fin du premier semestre. ». Enfin, serait-on tenté
de dire.
A l'instar du Figaro,
Le Monde accueille de nouveaux rendez-vous, comme « Les
rendez-vous de lemonde.fr », un encart qui renvoie vers une sélection
des articles du site Internet. La page d'accueil a aussi été modifiée, cherchant à se rapprocher des standards
actuels.
Néanmoins, on sent bien que le journal n’a pas fait sa révolution et est
encore loin de s’être digitalisé.
Dans un edito
consacré à la nouvelle version, Eric Fotorino revient sur les choix effectués
en 2005 et explique la place du web : « nous
avions opté pour un journal de l'essentiel, préférant la hiérarchie de l'information
à la confusion de l'exhaustivité, cherchant aussi à nous singulariser par des
modes de traitement originaux, sur la forme comme sur le fond. Nous avions
anticipé la montée en puissance d'Internet, donnant dans nos colonnes la part
belle à l'analyse, au reportage, au portrait et au débat, pour mieux laisser au
Monde.fr, premier site d'information généraliste en France, l'avantage sans
égal de l'instantané. ».
Au web donc de « cracher » de l’info en continu,
d’être dans l’instantanée, au papier, le sérieux, l’enquête, l’investigation, …
Tout d’abord, on est en droit de s’interroger sur les
« plus » en termes de contenus qu’apporte la nouvelle formule papier
(je n’ai pas eu l’impression que les journalistes faisaient mieux ou moins bien
leur travail). Mais surtout, une vision comme celle-ci se prive d’une part
essentielle du web : l’échange, la remontée d’information, le débat, …
Et puis dernier point, on croirait, à lire ces propos, que
ceux qui lisent le journal papier sont très différents de ceux qui
« consomment » le web. Comme si « gutenbériens » et
internautes étaient irréconciliables. On est en droit d’attendre de
l’information fouillée et des contenus "de valeur" sur le web, non ?
Aujourd’hui, la question n’est plus de faire de la
cosmétique ou de trouver une mise en page plus sexy, mais d’apporter une
véritable valeur-ajoutée dans l’ouverture sur le monde, dans la confrontation
des idées, dans la compréhension de l’opinion. Peut-être que cette posture est
en contradiction avec l’identité d’un journal qui cultive son « élitisme
éditorial » depuis sa création. Pour autant, le site web du journal est
sans aucun doute le dernier levier qui existe aujourd’hui pour « sauver le
Monde ».
Malgré une audience stable, le site du Monde, va
devoir évoluer, et vite, à l’image de ce qu’a fait l’Express.fr il y a quelques mois.
Dans ce cadre, pourquoi le journal ne consulterait pas ses
lecteurs ?
L’idée serait d’organiser une réflexion en ligne sur la
manière de concevoir le 1er (ou second, selon les statistiques)
média en ligne de France. Un débat structuré, organisé, qui permettrait au
lecteurs/internautes de faire émerger des propositions sur l’organisation de
l’information et des rubriques, la répartition entre reprise d’info et investigation,
la place donnée à l’opinion des internautes et, comme l’expliquait il y a peu
Narvic, aux blogs. Un autre thème pourrait aussi être
l’utilisation des nouveaux médias (à l’image de ce que propose CNN avec
Facebook Connect), …
Bref, lancer une consultation pour que chaque lecteur puisse
s’impliquer et montrer que le journal en ligne appartient peut lui aussi faire sa révolution. Après les Etats Généraux de la
presse où les lecteurs avaient délibérément été exclus des débats (Médiapart
avait d’ailleurs réagit en offrant une tribune aux internautes), voilà une
belle occasion de rendre la parole aux premiers concernés.
Bon ok, c’est sans doute un peu utopique. Mais avouez que
cela aurait de la gueule non ?
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