12 juillet 2009

Organiser la conversation avant d'animer la communauté

Billet croisé avec Netpolitique

SMSbanner En anglais, le titre du présent billet serait "Conversation Management comes before Community Management". C'est un des enseignements de la dernière série de visites entreprises par Barack Obama en Russie, en Italie et plus particulièrement au Ghana. On a longuement discouru des talents de community management (animation de communauté) du candidat Obama, pour remporter l'élection, puis de la Maison blanche, pour faire avancer son programme de réformes face à un Congrès jamais soumis, sous sa présidence. Mais au-delà de cette capacité à mobiliser ses communautés de soutiens, les équipes digital de Barack Obama savent bien qu'il convient également de jouer quelques notes de conversation management afin de faire vivre ses différentes interventions et initiatives dans un agenda médiatique qui ne l'attend pas toujours - nonobstant l'intérêt indéniable que Barack Obama suscite encore auprès de foules nombreuses partout dans le monde.

Aussi la visite de Barack Obama au Ghana, à l'occasion de laquelle le président des Etats-Unis a prononcé un discours (disponible en cinq langues) portant notamment sur l'importance d'un épanouissement démocratique de l'Afrique pour son développement économique et social, a été accompagnée par un dispositif très adapté d'animation de la conversation. Outre l'événement créé sur Facebook, on retiendra surtout la création d'unhashtag (marqueur) dédié pour Twitter, sans doute à destination des citoyens américains utilisateurs du service de conversations instantanées, et bien sur la mise en place d'un système de collecte d'opinions et de messages via SMS à destination des habitants de différents pays africains. Cette dernière initiative, à laquelle The White African a semble-t-il contribuée, révèle la volonté de Barack Obama de créer une dynamique de participation, avec des outils adaptés, auprès des citoyens de pays tiers dans le cadre de sa politique étrangère.

Au final, la Maison blanche nous livre un nouvel exemple de sa stratégie d'inscription dans les conversations individuelles et leur dynamique, et pas seulement dans les messages diffusés par les médias de masse... 

23 juin 2009

Petit hommage à François Ascher et à sa théorie de l'individu hypertexte

Hier soir, un ami m'apprenait une nouvelle bien triste (que j'avais raté) : l'urbaniste et sociologue français François Ascher est décédé le 8 juin dernier, des suites d'un cancer. J'avais eu l'occasion d'assister, grâce à cet ami, à une conférence de cet intellectuel passionnant que j'avais découvert lorsque j'étudiais à l'université.

Il est l'auteur d'une ouvre très riche sur la sociologie, la métropolisation, l'urbanisation et l'architecture, ...Pour en savoir plus sur l’ensemble de son œuvre, voir sa fiche wikipédia.

Dans le cadre de ses recherches sur la notion d'hyper-modernité, il avait notamment développé une métaphore passionnante sur l'individu hypertexte. Plutôt que de mal retranscrire son idée, voici un extrait d'un article qui synthétise bien son travail : "Cette métaphore aide également à penser autrement la structuration de la société, de façon plus complexe, sous la forme de structures multiples qui jouent dans n dimensions. En effet, l'hypertexte est structuré de deux manières : d'une part, chacun des textes peut avoir une structure propre, avec son vocabulaire, sa syntaxe, sa grammaire ; d'autre part, les mots-nœuds constituent des liens entre les divers textes qui forment eux-mêmes une structure propre. De la même façon, la société hypermoderne a un double type de structures : d'une part, celles qui sont propres à chacun des champs sociaux, d'autre part, les structures formées par les individus eux-mêmes qui font lien entre les divers champs. Ainsi, un même individu sera inscrit dans le champ social de son travail, qui est structuré, avec des types spécifiques de liens, de règles, de pratiques ; dans sa famille, il sera inscrit dans un autre type de structure, avec d'autres types de liens, d'autres règles. Et chaque individu articulera ou séparera ces deux champs sociaux de façon spécifique et éventuellement variable. L'intérêt de cette métaphore est aussi de nous aider à penser une société urbaine en mouvement en analysant les supports concrets ? réels et virtuels ? des liens sociaux."

Une approche éclairante pour qui s'intéresse à l'émergence dans nos sociétés des réseaux sociaux et des conséquences sociales de ses nouveaux comportements.

Vous pouvez voir une longue conférence donnée en 2006 sur ce thème. A lire aussi les articles de fond publiés sur le blog Hypertexte.org.

12 juin 2009

Interview de Mark Zuckerberg sur Building43.com

Intéressant d'écouter Zuckerberg sur sa vision de l'évolution du web social. Et regardez, au bout de 7 mn 30, dans le fond, des gars jouent avec un hélicoptère électrique...

11 juin 2009

Nouvel article du Monde sur Twitter : RAS sous le soleil

Imaginez mon appétit hier, lorsque je découvre la cartouche en Une du Monde sur Twitter et médias traditionnels... Enfin, me dis-je, en mon for intérieur, un article de fond, ou a minima complet, sur un sujet clé pour les médias et la pratique journalistique...

Pour être honnête, j'étais un peu déçu ... mais faut-il encore attendre beaucoup plus du Monde ?

Sans surprise, on y retrouve les mêmes exemples, cités à longueur d'article, sur Twitter et l'atterrissage sur l'Hudson, Twitter et le "followers contest", ... Le fait d'utiliser Twitter pour identifier et faire des appels à témoin, ne modifie pas la pratique journalistique...il l'accélère surtout.

Rien finalement sur ce qui fait que Twitter change vraiment la donne :

1 - la perte de contrôle, au moins partielle, de l'exclusivité, en particulier pour les agences de presse comme l'AFP, et sur le rapport à la vérification de l'information et la fiabilité de sources...

2 - la transition, révélée entre autres par Twitter, d'une logique de stock (le web accumule des milliards de pages) à une logique de flux (ou de stream, comme l'explique Palpitt dans son billet "Notre attention à l'ère du stream").

3 - Au delà des effets de mode, on voit que les usages autour de Twitter bougent (du what are you doing ? au what are you linking ?), et que l'exégèse évolue sans cesse.

Cela fera sans doute l'objet d'un volet 2 :-)

08 juin 2009

Conseil de lecture : Bernard Stiegler dans Télérama

Passionnante interview du philosophe de l’innovation Bernard Stiegler, publiée dans Télérama (papier et web). Interview également remarquée par Affordance.

Que nous dit-il ? Tout d’abord, il fait le point sur la distinction entre invention et innovation (une innovation étant une invention qui se socialise), avant de décrire les faillites d’un système économique consumériste, construit sur «l’'innovation associée au marketing pour capter le désir », qui  constitue lADN de « l'économie libidinale capitaliste. ». Il décrit comment se mettent en place de nouvelles approches de l’économie, de la création, de la consommation :  

« Un nouveau modèle d'innovation est en train de s'inventer : on est passé d'un processus hiérarchique, produit par le haut pour redescendre vers les applications, à l'« innovation ascendante ». Les technologies numériques ont permis ce renversement. Une véritable infrastructure de la contribution se développe depuis vingt ans via Internet, où il n'y a plus des producteurs d'un côté et des consommateurs de l'autre, mais toutes sortes de contributeurs ».

Apportant un regard critique que les « économies créatives promues par John Howkins ou Richard Florida », il souligne le phénomène générationnel qui se produit aujourd’hui :

« c'est aussi pour retrouver le désir, pour construire une société créative, qu'une partie croissante des jeunes générations s'éloigne progressivement du modèle consumériste, rejette un modèle qui ne la fait plus du tout ni rêver ni désirer, et s'engage dans des pratiques contributives singulières que le marketing tente évidemment de récupérer. Je pense que cette économie de la contribution est le véritable enjeu d'une société créative, bien au-delà de la supposée « creative class ».

Absolument en accord avec cette vision, la question est de savoir comment le basculement va s’opérer, et à quel rythme…

Toujours dans le même dossier, voir également cet article sur l’innovation à l’école, un sujet qui nous tient à cœur ici, dans lequel j’ai appris que le Danemark avait autorisé l’accès à Internet au bac. En voilà un joli débat.


A lire dans la bibliographie de BS :
Le Design de nos existences à l'époque de l'innovation ascendante,
sous la direction de B. Stiegler, éd. Mille et Une Nuits, 336 p., 23 €.
Pour en finir avec la mécroissance, Quelques réflexions d'Ars Industrialis, de B. Stiegler, A. Giffard et C. Fauré, éd. Flammarion, 310 p., 20 €.
Pour une nouvelle critique de l'économie politique, de B. Stiegler, éd. Galilée, 105 p., 17 €.

05 juin 2009

Comment GM utilise les médias sociaux en communication de crise

180px-Dummies GM, ou “Government Motors” comme on l’appelle aujourd’hui, a fait partie des pionniers du corporate blogging, avec le célèbre GM Fastlane Blog lancé il y a plusieurs années de cela au tout début de la vague 2.0.

Confronté à la pire crise de son histoire, la tentation était sans doute grande de fermer les écoutilles et se recroqueviller dans la salle de crise. Tentant, mais suicidaire : s’il y a bien un moment où l’on ne peut s’abstenir de communiquer, c’est bien en période de crise. Le site GM re :invention, l’un des nombreux blogs du constructeur,  s’adresse aussi bien à l’externe, qu’à l’interne, distinction devenue purement factice au regard de la surface médiatique de l’entreprise. L’interview du social media manager de GM (premiere partie ; seconde partie ), détaillant les efforts et les lecons de des dernieres semaines est particulierement éclairant : voir notamment ses conclusions sur l’utilisation différenciée des différents canaux désormais à sa disposition.

Extrait:
Go too much on twitter, and you miss the deeper, long-term affinity-building opportunities that facebook relationships or blog communities offer — not to mention that traditional media often now look at leading blogs as source material and report on the conversations happening there; overlooking these blogs means missing an opportunity for additional outreach to the traditional media as well. Overlook YouTube, and you miss a chance to use visuals — not overproduced, slick ones, but more ‘real’ ones — to reinforce or better convey what you’re trying to get across. Dismiss Twitter as a fad for narcissists with no attention span, and you miss that real-time interaction that means so much to a consumer. You really do have to be well rounded.

Premiere partie de l'interview
Seconde partie de l’interview

04 juin 2009

Le mégaphone qui valait plusieurs millions & l'oreille qui ne valait pas un kopeck

Discussion Billet d'humeur sous forme de court billet, volontairement sans liens externes pour ne pas verser dans l'argumentation ad hominem.

De nombreuses entreprises dépensent encore, par inertie, faiblesse, habitude ou prudence plusieurs millions d'euros chaque année pour financer les mégaphones (achat d'espaces publicitaires) dont elles se sont dotées au cours des dernières décennies. Ces mégaphones, à l'efficacité de plus en plus douteuse et contestée (audiences en baisse, stratégies d'évitement voire de contestation), leur permettent de héler, non sans élégance de temps à autre (voir les palmarès des festivals pour des exemples de campagnes soignées), les passants alentour afin de vanter tout l'intérêt de leurs produits et services.

L'on sait fort bien, depuis fort longtemps, que ce n'est pas en criant aussi fort que possible que l'on s'assure de la disponibilité (vous aussi vous baissez le son ou allez aux toilettes pendant la publicité ?) et de l'intérêt (vous aussi vous ne vous reconnaissez pas toujours dans les égéries et autres sportifs simultanément associés à des aspirateurs, des cacahuètes et des lunettes) de ses interlocuteurs. Pourtant, ce sont ces mégaphones qui continuent de capter la plus grande partie des investissements en communication des entreprises.

Qu'en est-il de l'écoute ? Oui, l'écoute, "prêter attention à ce que l'on peut entendre", fondement même de toute communication bien conçue puisque l'on ne communique bien que si l'on écoute bien. Je suis au regret de vous annoncer que l'écoute volontaire de ce qui est spontanément entendu sur le web social (par opposition au questionnement, nécessaire mais pas suffisant, des études plus traditionnelles) peine encore à glaner ne serait-ce qu'un millième des sommes allouées à l'achat d'espaces.

Espérons donc que dans un avenir proche, des entreprises de plus en plus nombreuses s'intéresseront sincèrement à ce que les clients qui fondent en grande partie leur richesse pensent, veulent, expriment et attendent. Pour cela, il faudra sans doute crier un peu moins, écouter un peu plus...

26 mai 2009

Journalistes de tous les médias, unissez vous !

Depuis hier, la twitto-sphère est en émoi suite à la publication d’un article de Xavier Ternisien dans le Monde intitulé « Les forçats de l'info ».

L’angle de l’article ? L’émergence d’une nouvelle espèce de journalistes sur-exploités, en charge d’alimenter le Canon à dépêches des médias en ligne.
Un extrait, parmi d’autres, devenu déjà célèbre : « Les OS de l’info.” C’est Bernard Poulet qui a lancé la formule dans son livre choc paru en janvier, Les journaux et l’avenir de l’information (Gallimard). On dit aussi “les journalistes “low cost”“, ou encore “les Pakistanais du Web”. “Ils sont alignés devant leurs écrans comme des poulets en batterie”, constate, effaré, un journaliste de L’Express, en évoquant ses confrères du site Web Lexpress.fr. ».

De plus, l’article dénonce une sur-précarisation de ces « nouveaux acteurs », en comparaison notamment des journalistes classiques de la presse papier. Une situation qui n’est pas sans rappeler le mouvement des stagiaires et qui avait été mise en avant par Bakchich.

L’article se conclut bizarrement sur une mystérieuse « conscience de classe » de ces « intello précaires ». Et d’ajouter : « Des esclaves, les OS du Web ? Sans doute, mais consentants pour la plupart. Et s'ils sentent peser dans leur dos les regards méprisants ou apitoyés de leurs confrères du papier, ils se consolent en se disant que l'avenir leur appartient. ».
Depuis hier donc, les réactions s’enchainent (normal, les concernés passent leur temps devant des écrans, c’est même à cela qu’on les reconnait) aussi rapidement que des jouets dans une usine pakistanaise.
Globalement, les commentaires ne sont pas tendres avec notre ami Ternisien. La métaphore des ouvriers de l’information, victimes consentantes d’un système qu’elles essaient de faire évoluer passe très moyennement. On les comprend.  
Voir notamment ici, ou encore .
De son côté, Mélissa Bounoua, qui admet se reconnaitre (un peu) dans le portait esquissé soulève un point que n’aborde pas (volontairement ?) l’article : celui du modèle économique des sites de médias.

Une fois que l’on a dit cela, admettons que l’article soulève un point intéressant : cette précarisation des acteurs de l’information sur Internet n’est elle pas finalement le reflet malheureux du déni de la presse française face au Web ?
Derrière cette situation (qui doit correspondre à quelque chose, comme le laisse penser les différents témoignages), on peut se demander si ce n’est pas finalement la précarisation globale du métier de journaliste qui est en question ?
Dans sa thèse professionnelle intitulée La presse sur Internet peut-elle être rentable ?, publiée en décembre dernier, Mathieu de Vivie évoquait déjà cette situation des journalistes du web : « Ceux-ci sont souvent sous-payés, travaillent à un rythme infernal et sont souvent méprisés par leurs collègues de l'édition papier. Ils accomplissent majoritairement du travail de « Desk » (ils ne vont pas sur le terrain) en reprenant et réécrivant les dépêches d'agence, sans investigation poussée : le but n'étant pas d'obtenir de la qualité mais de la quantité et de l'information "brute"5. ».
 
Intéressant également, il rappelle dans son mémoire le communiqué commun publié par des associations de journalistes lors des Etats Généraux de la presse écrite : « Nous affirmons que la qualité de l’information proposée aux citoyens diminue avec la précarisation de nos métiers : peu de volonté pour mener des enquêtes dignes de ce nom ; peu de moyens pour produire une information originale ; peu de temps pour contrôler les sources. Nos droits sont constamment remis en cause et la précarité s’aggrave dans nos rangs. ».    

Bref, la situation n’est ni nouvelle ni uniquement liée à une catégorie. Mais elle existe, au moins en partie.
L’article et les réactions épidermique qui l’accompagnent révèlent surtout, en creux, un réel décalage entre 2 mondes, le papier et le numérique, qui ont encore bien du mal à se parler et se comprendre (voir notamment ici). C’est pourtant grâce l’addition de l’expérience des uns et du talent des autres que la presse française assurera son salut.

Alors au lieu de vous engueuler, unissez-vous !
Et parlez vous, car apparemment, ce n'est pas forcément le cas :-(.

Un dernier mot, à propos du premier justement : forçats. Il dérange certains. Pour moi, le mot revêt une certaine noblesse. On parlait des forçats de la route à propos des cyclistes Bartalli, Gimondi et autres Merckx que l’on admirait en noir et blanc sur les pentes des cols du Tour de France. A quand un groupe Facebook des forçats de l'info ?

 

25 mai 2009

Starbucks : les paradoxes d’une love marque II

Petit rappel : il y a quelques semaines, je m’interrogeais sur les potentiels effets paradoxaux d’une communauté hyper-structurée autour d’une marque. J’avais pris comme exemple Starbucks. La question était simple : les discours de « fans », tels qu’ils s’expriment sur Mystarbucksideas ou sur les médias sociaux pilotés par Starbucks ne risquent-ils pas, dans certains cas, d’enfermer la marque dans un phénomène d’entre-soi finalement nuisible d'un point de vue business ?

Un épisode vient me renforcer dans mon questionnement, sans pour autant que cela accrédite pour autant l’hypothèse : Jeff Jarvis, qu’on ne présente plus, s’est fendu d’un billet vengeur il y a quelques jours pour « dénoncer » la nouvelle politique instaurée par le management de l’entreprise. La raison de sa « crise de nerfs » ? Il la raconte avec le talent qu’on lui connait :

« I thought something was odd as Sbux after Sbux had run out of decaf and I go off muttering, ‘How can they run out of coffee? They’re Starbucks.’ Then an honest counterman in

Toronto told me about the new policy. I didn’t believe him at first. But after two failed attempts to get decaf this weekend, I asked another employee and was told, yes, it’s a new policy. They will offer to give you a decaf americano (diluted espresso) at the same price. They will even brew decaf if they have to. But you have to wait for that. And don’t believe it when they say “two, two-and-a-half minutes.” I’ve waited five minutes and more. This is passive-aggressive retailing, putting barriers between the customer and what she wants to get your way. ».

Le bloggeur incite ses lecteurs à se “mobiliser” sur Mystarbucks. Il cite 2 exemples de contributions déposées sur la plateforme communautaire qui le conduisent à penser qu’il n’est pas le seul à trouver cela scandaleux.

A cela, Starbucks répond très habilement en commentaire et sur le blog qui accompagne la plateforme de suggestions. La réponse est éclairante. D’abord elle permet de rétablir des contre-vérités relayées par les médias :“Obviously there has been a great deal of interest and press coverage about our recent decaf decision.  While that is very encouraging--it's the kind of interest and passion most companies only dream of having--there are a few points that are being lost in the shuffle.”.

Ensuite, sur l’aspect managérial au sein de l’entreprise : « First, contrary to some reports I've seen, you can see that we have not "stopped brewing decaf" in the afternoon. What has happened is store managers--those who are most in-tune with their customers and sales pattern--have been given the flexibility to stop continually brewing decaf in the afternoon if that makes sense for their stores.  Instead of a dictate from "on high", those with the best knowledge are empowered to make the decision.”.

 Quelques premiers enseignements peuvent être tirés :

 -         en réagissant très vite et en ce mettant dans une posture d’écoute (« we thoroughly encourage continued reaction, voting and discussion about the topic. Please do continue to come to MSI and post your thoughts and votes”), les équipes de Mystarbuck ont sans aucun doute éteint le feu avant qu’il ne se développe.

-         la réaction de la communauté (voir ici les débats, la contre-proposition recueillant plusieurs centaines de suffrages, la situant dans une moyenne haute) montre que les fans  peuvent se montrer finalement très conservateurs et se braquer sur sujets (en l’occurrence la diversité de l’offre) au détriment des intérêts économiques de l’entreprise : « I will now go up the street to McDonalds for an evening coffee. Sorry, but I don't have time to wait. I will continue to go to your store every morning for my coffee, but if you give people a reason to go elsewhere (and see a difference in their wallet), they will definitely go. I love Starbuck's but this is a bad business decision.” déclare une contributrice… 

-         En ouvrant les vannes, Starbucks s’expose. En acceptant de « donner le contrôle » pour reprendre Jeff Jarvis, même une love marque comme Starbucks peut voir sa stratégie remise en cause, contestée. Mais avec l’avantage de pouvoir répondre rapidement et sans intermédiaire, ce qui change beaucoup de choses.

Au delà de cette "micro-crise", les derniers évènements autour de la marque vont nous permettre de poursuivre la réflexion ;-)

27 avril 2009

Quand le web remplace la Télévision : le combat de Brahim Asloum en direct sur le Net

Ce soir, un combat de boxe sera retransmis en direct et en exclusivité (c’est ça la « nouveauté ») sur le site http://brahimasloum.webtv-tools.com/.

Pour 3,80 €, vous pourrez ainsi assister au combat de Brahim Asloum contre un illustre inconnu, Humberto Pool, boxeur meicain de 34 ans, à la carrière aussi chaotique qu’un champ de patates.

Pour les non amateurs, Brahim Asloum c’est aujourd’hui le seul et unique champion du monde national, au sein d’un paysage pugilistique national déserté. Certains se souviennent peut-être de ses larmes sur le podium des JO de Sydney ou de sa coiffure Bleu-blanc-rouge qui avait tant séduit les médias à l'époque...

Depuis 9 ans, Asloum a tout connu : les paillettes façon canal +, les sifflets de salles hurlantes contre un boxeur doué certes, mais qui en faisait beaucoup trop pour un débutant dans le milieu professionnel.

Après deux défaites en championnat du monde, une rédemption qui passera par de la sueur et du sang dans les salles de boxe mexicaines, Asloum a enfin décroché le Graal en 2007, en devenant champion du Monde des mi-mouches.

Le plus drôle, c’est qu’Asloum, devenu un produit marketing « poussé » par Canal + après les Jeux, s’est aujourd’hui émancipé (provisoirement) de la chaine payante. Pour des histoires de gros sous, la chaine cryptée a refusé de diffuser le combat de ce soir. Rien de personnel, mais la diffusion du noble art a pratiquement disparu des antennes depuis quelques années. La boxe attire moins, est moins visible, moins bankable, ne possède plus de tête d’affiche, les médias se désengagent, …. Et c’est un cercle vicieux qui s’installe.

Pour contourner la chose, Asloum, s’auto-produit (chose très rare dans ce milieu), et a utilisé le Net comme vecteur de sa prise d’autonomie face à Canal et aux promoteurs. 

Depuis plusieurs semaines, il est possible de suivre pas à pas l’entrainement d’Asloum, des web épisodes nous racontant la renaissance du boxeur : « aujourd’hui, il repart à zéro, en quête de sa propre légende » explique le site au début du mois. Et la soirée du27 est intitulée « Tout commence. Le 27 avril ».

L’internaute n’est pas obligé d’adhérer à cette mise en récit un peu pompeuse, mais il faut reconnaitre que c’est habile et plutôt bien fait (les web épisodes présentes des aspects assez différents de l’entrainement).

Le plus remarquable, c’est que ce n’est pas le combat en lui-même qui fait parler (personne n’est dupe sur la victoire finale), mais bien sur le format et le moyen utilisé pour storyteller le match. Brahim Asloum sur le ring et sur le Net titre ainsi Les Dessous du Sport.

Le web est donc utilisé ici pour contourner la télévision et offrir une alternative face aux sports ultra médiatisés. Il est surtout un moyen de s’émanciper des logiques économiques propres aux médias « traditionnels ». Asloum le dit lui-ême, il expérimente, il teste, et il verra si cela fonctionne. A voir si la recette marche, et si la diffusion live sera à la hauteur sur un plan technique.

Et peut être que nous aurons là un premier case study qui servira pour d’autres sports moins médiatiques et moins populaires. Moi, en tout cas, je vais regarder.

ADDENDUM

Un naufrage ! Personne n'a vu le combat de Brahim Asloum : la faute à des serveurs inadaptés !

“On avait deux serveurs capables de recueillir chacun 50 000 connexions. On estime avoir eu un pic à plus de 100 000 juste avant le combat” a déclaré Jean-Michel Roussier, responsable d’Exprim, la boite de prod en charge des programmes courts. Pour la mini-révolution, on repassera :-(.

En attendant, pour les amoureux du noble art, regarder les 6 minutes de combat Pacquiao-Hatton. Très impressionnant ce petit philippin.

19 avril 2009

TV augmentée : quand les micro-conversations (Twitter & Facebook) enrichissent l'expérience télévisuelle

Je m'inspire ici très fortement et volontairement d'un billet publié hier sur Netpolitique intitulé "Débat politique augmenté : quand les micro-conversations (Twitter & Facebook) enrichissent l'espace public". Le propos tenu sur Netpolitique s'intéresse à l'apport des outils de micro-conversation tels Twitter ou Facebook et son statut (fonctionnalité de plus en plus mise en avant du reste) au débat politique télévisé. En un mot, Twitter permettrait d'enrichir l'expérience citoyenne en approfondissant les sujets évoqués à l'occasion du débat, en complétant les questions des journalistes par d'autres angles ou encore en corrigeant certains approximations.


Plus largement - et c'est le propos de ce billet sur PR2Peer - les chaînes de télévision seraient bien inspirées de mettre en place des offres de complément et, indirectement, de fidélisation de leurs téléspectateurs appuyées sur ces outils. L'expérience télévisuelle devient en effet plus personnelle et active lorsque l'on utilise Twitter en parallèle d'une émission regardée à la télévision. Je vous invite ainsi, au hasard, à regarder La Nouvelle Star sur M6, Ripostes sur France 5 ou encore Koh Lanta sur TF1 tout en utilisant Twitter (marqueurs #nouvellestar, #ripostes et #kohlanta avec Tweetdeck pour découvrir les "twitterers" actifs) afin de comprendre tout l'intérêt d'une telle démarche. La télévision permet alors un échange horizontal entre téléspectateurs s'intéressant à une même émission ou un même sujet et sort ainsi de son seul rôle de déverseur descendant de flux, rôle qui suffit de moins en moins à capter ou fidéliser des audiences tiraillées entre différents médias et outils.

On pourrait ainsi imaginer que des chaînes de télévision ou des stations radio proposent des marqueurs de suivi à leurs téléspectateurs et auditeurs (pour favoriser les conversations horizontales), mettent en place des sessions spéciales à la manière de ce que CNN avait fait avec Facebook pour l'investiture de Barack Obama, mettent en avant dans leurs émissions certaines des conversations (les journalistes pouvant y trouver des relances intéressantes), etc. Bref, au-delà de timides essais à la participation voire de continuer à s'aliéner ses publics en allant à contre-courant de leurs pratiques culturelles, les groupes de médias devraient s'atteler à ouvrir de nouvelles perspectives s'appuyant sur les outils participatifs du web social.

27 mars 2009

Starbucks : les paradoxes d’une love marque

La question du ROI des opérations de community management, crowd sourcing et autres plateformes participatives devient l’un des sujets à la mode du moment.

Rien d’étonnant à cela, surtout dans le contexte actuel : s’interroger, au-delà de l’enthousiasme initial, sur l’efficacité de ce type de démarche est devenu capital.

Lorsque l’on s’interroge sur ce point, on retrouve souvent les mêmes exemples d’entreprise s ayant pris le « taureau par les cornes » et décidé d’investir massivement dans ces logiques de crowd-sourcing. Les commentateurs sont toujours laudateurs. 

L’un des plus fameux cas d’école, aux côtés de DELL évidemment, est Starbucks et sa plateforme de dialogue Mystarbucksidea. 


MyStarbucks_540x412

 

Numeric-ecosystem expliquait il y a quelques temps : « Un tel dispositif est un atout en termes de marque, de buzz voire de ce que certains nomment déjà la ‘transparence radicale‘ à savoir que les firmes se sentent de plus en plus en mesure - et en complément de leur démarche d’évaluation qualité traditionnelle - de passer leur offres de services et/ou de produits sur le grill des remarques et idées de leurs clients… ».

Pour bien comprendre la logique, voir notamment cette intéressante présentation/animation flash qui explique le fonctionnement de la plateforme. 

Une fois admis cela, quels sont les résultats ?

SocialNT en fait une présentation complète et donne quelques chiffres : « Since it’s launch in March of 2008, Starbucks has had these results:

  • 3 million unique visitors
  • 60,000 ideas submitted
  • 100,000s of comments
  • 460,000 votes
  • 2,500 moderator comments »

OK, soit. Bilan intéressant que beaucoup de plateformes doivent envier :-)

Mais surtout, un bilan que j’aimerai relier à un article vu cette semaine sur Slate.fr intitulé

« L’avenir soluble de Stabuck ». : « Starbucks traverse une vraie période de tourmente. La société a fermé des cafés à tour de bras et licencié plusieurs milliers d'employés. La fréquentation des Starbucks est en baisse. Le chiffre d'affaire individuel des points de vente a chuté de 3 % en 2008. Auparavant, bien sûr, Starbucks avait misé sur l'expansion. L'entreprise est allée beaucoup trop loin, jusqu'à «diluer l'expérience Starbucks», pour reprendre la formule de son propre PDG, et s'aliéner des clients. Aujourd'hui, la récession a brutalement propulsé Starbucks dans une crise existentielle, dont l'entreprise elle-même est en grande partie responsable. ».

Les commentaires de l’article s’interrogeaient d’ailleurs sur la pertinence de l’offre Starbucks dans un pays comme la France…

Starbucks-closed

Quel étonnant contraste ! D’un côté, la vie online, avec une communauté de clients structurée et animée autour de la marque, et de l’autre, le « réel » avec des difficultés économiques voir une crise profonde du modèle, malgré son statut de "love marque".

Il y a deux manières de voir les choses :

  • on peut se dire que sans cette approche communautaire et collaborative, peut être que l’entreprise se porterait encore plus mal.
  • autre analyse : la réussite et la réalité économiques d’une entreprise, restent finalement dé-corrélées de son existence online, surtout dans des périodes de crises économiques aussi violentes. 

La réponse se situe (peut-être) entre les deux. Aussi séduisants soient-ils (en terme d’image), ces dispositifs ne peuvent dissimuler des failles dans l’offre elle-même : ici, la question du prix du café proposé par Starbucks, supérieur à la concurrence, est essentielle.

Mais une autre hypothèse vient à l’esprit. En effet, ce type de dispositif fonctionne grâce à une double dynamique :

-          la capacité d’engagement de clients « fans » qui ont un rapport à la marque privilégié et qui sont volontaires pour s’impliquer et collaborer.

-          la capacité à s’approprier et utiliser des outils (publication de contenu, votes, …) qui restent encore relativement confidentiele par rapport aux usages de la majorité des internautes.                        

Loin de moi l’idée de remettre en cause l’idée et l’importance d’être à l’écoute et d’engager la conversation avec ses clients. Sur ce point, je suis complètement en accord avec David Cooke qui expliquait récemment : “Sometimes the value we think we are providing is different than what the customer actually values.  Not only is it important to communicate our value, it is essential that we understand that value from the customer’s perspective.  That is why it is so critical in these highly challenged times to know what your customers value in your business relationship with them.  This is the time to connect and learn by getting in front of your customers and listen to what they are saying.”.

Néanmoins, on peut se demander si la présence d'une communauté aussi forte et structurée, avec ses codes et ses usages ne coupe pas la marque d’autres sphères de clients moins addicts. Le risque est en effet qu’une communauté, qui par définition fonctionne de façon autonome, centrée sur elle-même, soit plus un repoussoir pour ceux qui n’y appartiennent pas. La difficulté est ensuite d’ouvrir cette communauté à de « nouveaux entrants ».

Il est d’ailleurs intéressant de voir la présence imposante de la marque sur Facebook :

-          un groupe des Addicted to Starbucks, géré par des salariés, qui compte plus de 126 000 membres (auxquels s’ajoutent plusieurs groupes locaux très actifs).

-          une page comptant 1,2 millions de fans…et qui permet de recueillir les avis des membres sur les nouveaux produits. Des avis quasiment tous ultra-positifs évidemment…

-          Des tas applications pour envoyer des café à ses amis…

-          Etc etc

Le risque est donc d’être dans un entre-soi qui exclurait les non addicts qui ne serait pas forcément attiré par cette logique communautaire mais qui, pourtant, pourrait être séduits par le produit en lui-même.

L’enjeu est donc à la fois de maintenir un lien fort avec les gens les plus proches, et de créer un lien, même faible, avec des communautés périphériques qu'il est dangereux de s'aliéner. Un peu comme en politique en fait : l'enjeu n'est pas de séduire les militants, qui de toute façon sont acquis à la cause, mais tout le reste de la population. 

Alors certains rétorqueront avec raison que DELL a communiqué sur tout le bénéfice concret que lui a apporté l’ensemble des initiatives 2.0 menées depuis 2004. Voir notamment le billet de Verbalkint sur le sujet : « Dell commence enfin à récolter les fruits de sa politique de relation client 2.0 ». 

Certes, mais Dell a d’abord connu "l’enfer" et a dû sur battre pour convaincre. ses clients L’entreprise était en danger et sa réponse online était une question de survie, et non de communication.

Dernière petite question : quelles sont les suites données aux idées émises sur Mystarbucksidea ?

“Of course it isn’t clear yet how much the ideas discussed about the Vivanno will be implemented by Starbucks in store. But it will be interesting to watch how all these discussions about the new ‘healthier’ product launches translate into changes to the actual product. Given the level of engagement and involvement that Starbucks have built, it would be a shame if these ideas weren’t used.” commentait Freshnetworks.

On peut en effet s’attendre à ce que la marque communique sur les projets issus de la plateforme, à moins que cela soit déjà le cas… Si certains ont des infos…

23 mars 2009

Quand Comedy Central donne des leçons de journalisme à CNBC

A la faveur de la crise, le populisme a bonne presse en ce moment aux Etats-Unis. La presse en revanche fait régulièrement les frais de cette colère sourde à l’égard des élites, des profiteurs et de tous ceux qui « savaient » ou auraient savoir. Et comme il faut toujours un bouc emissaire à désigner à la vindicte populaire, c’est la chaine CNBC, le CNN de la finance, qui prend.

Jon Stewart, l’animateur de l’hilarant Daily Show (une sorte d’émission à la Karl Zero en plus drôle) diffusé en prime time a pris pour cible Jim Cramer, l’insupportable animateur d’une émission genre la Bourse pour les nuls. Directement pris à parti par l’humoriste, Cramer, ancien gérant d’un hedge fund, s’est vu accusé d’être soit incompétent, soit du côté des escrocs de la finance. Le bouffon n’est plus celui que l’on croit, et le rire devient grincement de dents…

Jon Stewart vs Jim Cramer Daily Show Special

Après une passe d’armes par plateaux interposés durant une semaine, le duel tant attendu (et monté en épingle par les autres medias par l’odeur du sang alléchés) a fait des étincelles. Jon Stewart, appuie la ou ca fait mal, assène des leçons d’éthique journalistique, comme il l’avait fait il y a trois ans sur le plateau de Crossfire sur CNN dans une séquence d’anthologie (Crossfire a été suspendu dans la foulée), et se fait le porte-parole des « travailleurs, travailleuses » face au transfuge de Wall Street.

Comme l’a dit Cramer au lendemain de l’émission, il a de la chance d’avoir toujours sa tête sur ses épaules. Il n’en est pas moins reparti la queue entre les jambes…


08 mars 2009

Prix Busiris, catégorie communication

Simpson2  On aurait dit un mauvais pitch d'agence, et pourtant c'était un article dans Le Monde. Si vous evoluez dans l'univers des agences de communication, vous l'avez certainement lu : "les blogs : info ou influence ?" annonce le titre, sur-prometteur pour un sujet maintes fois traité. Mais c'est surtout la citation d'Anne Shapiro-Niel, présidente de l'Association des professionnels des relations presse et de la communication, que je trouve saisissante :

"Nous sommes obligés d'en tenir compte, ne serait-ce que pour éviter un buzz négatif sur le Web, souligne Anne Shapiro-Niel, présidente de l'Association des professionnels des relations presse et de la communication. La difficulté, c'est que les règles ne sont pas les mêmes qu'avec les journalistes. Par exemple, nous ne sommes pas assurés d'obtenir un droit de réponse en cas d'erreur."

Trois choses me font bondir dans cette phrase d'une personne qui représente sans doute le métier qui, parmi les différentes disciplines de la communication, devrait être le plus en phase avec les transformations actuelles des médias :

Lire la suite "Prix Busiris, catégorie communication" »

Obama et Pepsi-Cola, même combat

Lorsqu’ils parlent de communication politique, et surtout à proximité d’échéances électorales, on trouve toujours quelqu’un (généralement Christian Blachas) pour planter ce marronnier : peut-on vendre un homme politique comme on vend comme un produit de grande consommation ? Faire la comm’ d’un candidat est-ce la même chose que de faire la pub d’une marque de lessive ? (réponse : non, la lessive, elle, tient ses promesses… désolé).

Quelle ironie du sort donc, de voir cette gigantesque campagne de Pepsi placardée dans tout Washington, lancée à l’occasion de l’inauguration d’Obama, donnant a voir le nouveau positionnement de la marque de soda directement inspiré de la charte Obamesque. Et si la similarité des logos pouvait encore apparaitre comme une coïncidence, la reprise du slogan « HOPE » lève toute ambigüité.

Pepsi


Pepsi tente ainsi de surfer sur l’Obamania et les valeurs de « fraicheur », de « jeunesse » et de renouveau associées au nouveau President.

Logospepsiobama2
(credits image)

Mais le concurrent de Coca Cola ne s’est pas arrêté au re-design de ses canettes : une campagne nationale intitulée « refresh everything » se présente carrément comme un mouvement pour changer le monde : « every generation refreshes the world now it’s our turn ». Et la marque de publier une lettre ouverte à l’attention du président avec les témoignages de jeunes qui veulent « rafraichir » les choses (traduit en français, ca fait tout de suite moins radical ;-)

Une initiative originale, donc pour une marque de soda, que de prendre ainsi le risque de politiser son message en voulant surfer sur le mythe en construction de la génération Obama. Une bonne manière en revanche de se distinguer de l’éternel rival coca-cola et de s’afficher comme le choix de la jeune génération.

Et si vous etes fans de logos, voici un excellent billet sur l'histoire du logo Pepsi, et une excellente interview sur la genese du logo d'Obama et un album de declinaisons spontanees du logo. Et quand on voit les premieres versions rejetees du logo d'Obama, Pepsi s'en est plutot bien tire.  

20 février 2009

Récit essoufflé d’un internaute moyen

Dimanche, j’apprends sur Twitter la levée de fonds de Twitter de 35 millions de dollars… Mais que vont-ils faire de tout cet argent ?

Un peu plus tard, je lis sur Libé la fin (annoncée) de Lycos et Caramail. Snif, ça fait toujours drôle, même si c’est la loi de l’économie.
Mardi, je savoure le billet de Maitre Eolas qui démonte point par point la tribune de Luc Besson dans le Monde sur le piratage (soutenu par l’inénarrable Frédéric Lefebvre dans sa croisade anti-streaming) : ou quand les blogs permettent de mieux décrypter des sujets compliqués.

Puis c’est Facebook qui doit faire face à une levée de boucliers de ses membres après la modification unilatérale des CGU. L’arroseur arrosé en quelque sorte, même si je me dis que les arguments de Mark Zuckerberg sont loin d’être idiots.

Mercredi, une question me taraude : est ce que je fais partie du tiers d’internautes intéressé par le marketing participatif ? Oui, sans aucun doute. J’aime bien qu’on me demande mon avis, même si je ne le donne pas toujours d’ailleurs.

Et voilà que le même jour, je vois que Roger Karoutchi, c'est-à-dire un ministre de la République (secrétaire d’Etat plus précisément), accole son nom à un éditeur, en l’occurrence le bien nommé Feedback 2.0, et se lance dans le participatif (merci aux militants et au comité de soutien au passage).

De l’autre côté de l’Atlantique, les mesures prises contre la crise sont soumises aux internautes : www.recovery.gov. Ils n’arrêtent jamais ces gars là ! Et voilà qu’Outbrain tente de renouveler le genre de la publicité sur les blogs face aux principaux acteurs du secteur : Blogbang, ebuzzing, Yougether, … Le business des blogs continue de se réinventer.

Une petite pause, juste pour lire l’étude intitulée « Successful Marketing in a Contracting Economy » qui défend l’idée selon laquelle les social media offrent des solutions nouvelles aux marques dans un contexte de crise. J’aimerai bien avoir l’avis de General Motors sur le sujet ;-)

Et voilà que jeudi, on apprend que Meetic rachète la version Européenne de Match.com : comme quoi, pas forcément besoin d’être né dans la Silicon Valley pour réussir.

Zut, on est vendredi, et je n’ai pas eu le temps d'étudier Slate.fr alors que je m’étais promis d’écrire un billet dessus. Attali nous y annonce que le pire est à venir … Merci Jacques. 

Pffffffff, j'ai déjà des dizaines de twitts en retard...J'y retourne !

16 février 2009

Le congé parental : le buzz du week-end sur le web social

Parmi les nombreux sujets de mobilisation et de grogne sociale actuels (Guadeloupe, chercheurs, mouvement du 19 février prochain, …), une polémique a particulièrement retenu mon attention : la réforme du congé parental.

Comme l’expliquait le Monde ce week-end, le congé parental, créé en 85 par la gauche, donne droit à une prestation de 550 euros par mois, et permet à une mère - plus rarement un père - de sortir du marché du travail pendant trois ans. Ce système, conçu à l'origine pour les familles de trois enfants, a été étendu en 1994 (par la droite cette fois-ci) à celles de deux enfants. Depuis, le nombre de bénéficiaires a explosé, pour atteindre, en 2007, plus de 570 000 parents.

Voici ce que déclarait Nicolas Sarkozy jeudi : "Il est à l'origine d'un immense gâchis. Gâchis pour les femmes concernées, car la majorité d'entre elles auraient souhaité poursuivre leur activité. Gâchis pour les familles, car un congé parental, c'est un salaire en moins. Gâchis pour la société, car ces dispositifs maintiennent en dehors du marché du travail près de 800 000 femmes par an". 

Tout d’abord, deux remarques d’ordre général :

  • il est curieux de voir un Président de

    la République s’exprimer sur un tel sujet, surtout dans un contexte que tout le monde connait (crise mondial, faillite du système financier, …). On imagine mal un de Gaule ou un Mitterrand se livrer à du "nano-management" dans ce genre. Il y a une secrétaire d’Etat dédiée, et on voit mal pourquoi le Président monte en première ligne sur de tels sujets.

  • d’autre part, toujours dans le contexte de crise, il apparait maladroit de vouloir toucher à la cellule familiale et au rôle si difficile de parent, souvent vécu comme un refuge face à la sinistrose ambiante. On retrouve un peu le même type de ressorts psychologiques avec le débat sur le travail dominical.

Depuis cette annonce, le débat fait rage sur le web : on observe une couverture très large et de nombreuses réactions dans les médias en ligne et évidemment féminins.

Plusieurs groupes Facebook également, mobilisant en quelques jours plusieurs centaines de personnes, sont apparus : « Non à la réforme du congé parental ! » ou celui : « Non au congé parental plus court ! ». Une pétition commence également à circuler sur les forums tels qu’Aufeminin.com et Doctissimo où le débat fait rage.

La blogosphère maman est évidemment ultra présente et ne cache pas sa colère : CC, Hypos, Ms Clooney,, Trublyonne, Nelly, Laure,… Sans parler bien-sûr de la blogosphère militante et politique. Pour l’instant, et sauf erreur de ma part, l’opposition semble étonnamment absente du débat (voir cette réaction d’Anne Hidalgo notamment).

Au passage, on remarquera que l’attitude de Rachida Dati suite à la naissance de son enfant en janvier, est souvent stigmatisée : « Merci Madame Dati, d'avoir repris le chemin du travail, dès le lendemain de votre accouchement. Toutes les futures mères et pères peuvent vous remercier d'avoir mis dans la tête de Sarkozy que le congés parental ne sert à rien et qu'il ne s'agit que d'une perte économique pour les parents ainsi que pour la société en général... » note le blog auxarmescitoyens.

Pour l’anecdote enfin, on rappellera que les chefs d’entreprise bénéficient depuis le début de l’année d’un allongement de la durée du congé de maternité

Tout ça pour dire qu’il va être intéressant de suivre l’évolution de cette polémique et la réaction du gouvernement sur le sujet. Pour l’instant, Nadine Morano assume, mais Christine Boutin a déjà émis des doutes sur la pertinence d’une telle réforme. On peut se dire qu’une telle levée de boucliers pourrait (devrait…) fait réfléchir. On peut aussi souligner à quel point le web sert, dans ce genre de cas, d’espace public alternatif dans lequel « mijotent » les débats de société. Avant souvent de ressortir dans la sphère médiatique.

11 février 2009

Pomegranate NS08 : de l'art du buzz second degre

Excellent spot pour ce pseudo iPhone killer : le pomegrenate NS08


Et oui, il fait aussi le cafe (noisette, colombien, vanille...)

10 février 2009

Connaissez-vous le B2I ?

Petite réaction aux différents billets publiés dernièrement sur la notion d’éducation au web. 

Je pense notamment au très joli texte de Martin et à la réflexion d’Alexis Mons qui explique que selon lui « Il ne suffit plus d'apprendre le web, il faut maintenant, et d'urgence, apprendre à maîtriser son moi en ligne, ce qui passe notamment par une acquisition précoce de la compréhension de la notion de média, d'image publique, etc. ». Magnifique illustration quand on voit le buzz sur Amandine : et là, on se dit ,« mais où sont les parents !? ».

La maitrise de son identité numérique sur le web va sans aucun doute continuer d’alimenter les débats encore longtemps. J’ai d’ailleurs moi-même pu vérifier en vrai qu’il était assez facile de « mettre en récit » la vie (professionnelle) de quelqu’un uniquement à partir de Google.

Ce que peu de personnes savent (en tout cas, je ne le savais pas avant que ma femme me l’explique), c’est que les pouvoirs publics s’intéressent de très près au sujet, notamment l’éducation nationale. Il existe en effet depuis plusieurs années une volonté de former et d’encadrer à la fois professeurs et élèves à l’usage des nouvelles technologies. Cela s’appelle le B2I, le Brevet informatique et internet.

L’ambition est louable : « son rôle, précise la circulaire, est de dispenser à chaque futur citoyen la formation qui, à terme, le mettra à même de faire des technologies de l'information et de la communication une utilisation raisonnée, de percevoir les possibilités et les limites des traitements informatisés, de faire preuve d'esprit critique face aux résultats de ces traitements, et d'identifier les contraintes juridiques et sociales dans lesquelles s'inscrivent ces utilisations. »

Malheureusement, dans les faits, ce brevet, qui n’est pas un diplôme, se contente souvent d’aborder les problématiques de traitement de texte, de création d’email (!), voir de recherches d'information sans aborder de façon structurée la gestion de son image, la traçabilité, la vérification de l’information, ....De fait, les professeurs sont souvent eux-mêmes un peu « largués » face à leurs élèves.

Souvent dispensé de façon aléatoire et très mal organisé, cet enseignement devrait faire partie intégrante de ce que l’on appelait à mon époque (mais cela remonte) l’Education Civique, l’apprentissage de la citoyenneté. Au même titre que la sécurité routière ou les notions de développement durable par exemple.

Encore faudrait-il que tous les établissements scolaires soient équipés de PC… mais ça, c’est une autre histoire !

03 février 2009

Quelques réflexions à propos de la rénovation du Monde

Je ne sais pas si certains l’on noté, mais Le Monde vient de sortir une nouvelle formule. L’ambition d'Eric Fotorino est clairement affichée : '"améliorer notre offre éditoriale est à nos yeux une "ardente obligation", afin de rendre chaque jour Le Monde plus pertinent, plus accueillant et, au final, plus indispensable.".

A lire les réactions des internautes, cette nouvelle formule ne semble pas faire l’unanimité. A voir si les chiffres le confirment.

Ce lancement amène plusieurs réflexions :

D’une part, la nouvelle formule d’un journal comme Le Monde, est une vieille affaire dans l'histoire des médias français depuis un quart de siècle. En faisant quelques recherches su r le site de l'INA, on trouve des choses intéressantes comme ce sujet diffusé sur le journal d’Antenne 2 en … 1984 et qui évoque (déjà !) les profondes difficultés du quotidien. La nouvelle formule était alors un sujet « en soi ».

Rebelote en 1995 : une autre vidéo intéressante montre Jean-Marie Colombani, toujours au 20 heures, interrogé sur la nouvelle maquette. L’objectif était alors de conserver l’ADN du Monde tout en faisant un journal « plus rythmé, mieux structuré, plus aéré »… Cela rappelle quelque chose…

Après de sérieuses turbulences, notamment suite à la publication  du livre de Pierre Péan et de Philippe Cohen, La face cachée du Monde, le journal lance de nouveau en 2005 une nouvelle « formule ». Cette fois-ci, pour changer et afin de faire face à la baisse du lectorat et aux problèmes financiers, on reformate et on « réinvente » le journal : «  Le quotidien lance aujourd’hui une nouvelle formule avec plus de photos, moins d’articles, de la couleur et des caractères plus gros. » expliquait à l’époque le patron du journal.

3 millions d’euros sont alors investis dans une campagne de pub. Rien que ça. 

Dès le départ, des critiques sont formulées, à la fois sur la forme et sur la stratégie adoptée. Après avoir connu un pic dans les premiers jours, l’érosion des ventes se confirme dans les mois qui suivent.On voit donc que tous les efforts entrepris depuis plus de vingt ans n'ont finalement servis à rien.

Second constat, cette version « rénovée », a peu retenue l’attention des médias. Le site du Nouvel Observateur par exemple (Le Monde et Le Nouvel Obs ayant des liens capitalistes) reprend pour l’essentiel la dépêche AFP. Peu de choses à noter également dans la blogosphère. En tout cas nous sommes loin du « tapage médiatique » des rénovations précédentes.

Troisièmement, la nouvelle nouvelle formule me fait penser au quotidien anglais The Guardian. Loin d’être expert dans l’analyse des maquettes de journaux, je peux dire à titre personnel et en tant que lecteur quasi quotidien du Monde que cette formule rénovée me laisse sur ma faim, parce qu’elle n’apporte rien de véritablement nouveau dans le « parcours de lecture ».

Quatrièmement, la santé financière du Monde reste quoi qu’il arrive très précaire, l’obligeant à négocier des prêts, ce qui en dit long sur la situation de la presse française.

Et quid du web ?

Europe 1 souligne que « cette nouvelle formule affichera plus de complémentarité avec le site internet du Monde. Preuve de ce rapprochement : les équipes du monde.fr rejoindront celles du quotidien d'ici la fin du premier semestre. ». Enfin, serait-on tenté de dire.

A l'instar du Figaro,

Le Monde accueille de nouveaux rendez-vous, comme « Les rendez-vous de lemonde.fr », un encart qui renvoie vers une sélection des articles du site Internet. La page d'accueil a aussi été modifiée, cherchant à se rapprocher des standards actuels.

Néanmoins, on sent bien que le journal n’a pas fait sa révolution et est encore loin de s’être digitalisé.

Dans un edito consacré à la nouvelle version, Eric Fotorino revient sur les choix effectués en 2005 et explique la place du web : « nous avions opté pour un journal de l'essentiel, préférant la hiérarchie de l'information à la confusion de l'exhaustivité, cherchant aussi à nous singulariser par des modes de traitement originaux, sur la forme comme sur le fond. Nous avions anticipé la montée en puissance d'Internet, donnant dans nos colonnes la part belle à l'analyse, au reportage, au portrait et au débat, pour mieux laisser au Monde.fr, premier site d'information généraliste en France, l'avantage sans égal de l'instantané. ».

Au web donc de « cracher » de l’info en continu, d’être dans l’instantanée, au papier, le sérieux, l’enquête, l’investigation, …

Tout d’abord, on est en droit de s’interroger sur les « plus » en termes de contenus qu’apporte la nouvelle formule papier (je n’ai pas eu l’impression que les journalistes faisaient mieux ou moins bien leur travail). Mais surtout, une vision comme celle-ci se prive d’une part essentielle du web : l’échange, la remontée d’information, le débat, …

Et puis dernier point, on croirait, à lire ces propos, que ceux qui lisent le journal papier sont très différents de ceux qui « consomment » le web. Comme si « gutenbériens » et internautes étaient irréconciliables. On est en droit d’attendre de l’information fouillée et des contenus "de valeur" sur le web, non ?

Aujourd’hui, la question n’est plus de faire de la cosmétique ou de trouver une mise en page plus sexy, mais d’apporter une véritable valeur-ajoutée dans l’ouverture sur le monde, dans la confrontation des idées, dans la compréhension de l’opinion. Peut-être que cette posture est en contradiction avec l’identité d’un journal qui cultive son « élitisme éditorial » depuis sa création. Pour autant, le site web du journal est sans aucun doute le dernier levier qui existe aujourd’hui pour « sauver le Monde ».

Malgré une audience stable, le site du Monde, va devoir évoluer, et vite, à l’image de ce qu’a fait l’Express.fr il y a quelques mois.

Dans ce cadre, pourquoi le journal ne consulterait pas ses lecteurs ?

L’idée serait d’organiser une réflexion en ligne sur la manière de concevoir le 1er (ou second, selon les statistiques) média en ligne de France. Un débat structuré, organisé, qui permettrait au lecteurs/internautes de faire émerger des propositions sur l’organisation de l’information et des rubriques, la répartition entre reprise d’info et investigation, la place donnée à l’opinion des internautes et, comme l’expliquait il y a peu Narvic, aux blogs. Un autre thème pourrait aussi être l’utilisation des nouveaux médias (à l’image de ce que propose CNN avec Facebook Connect), …

Bref, lancer une consultation pour que chaque lecteur puisse s’impliquer et montrer que le journal en ligne appartient peut lui aussi faire sa révolution. Après les Etats Généraux de la presse où les lecteurs avaient délibérément été exclus des débats (Médiapart avait d’ailleurs réagit en offrant une tribune aux internautes), voilà une belle occasion de rendre la parole aux premiers concernés.

Bon ok, c’est sans doute un peu utopique. Mais avouez que cela aurait de la gueule non ?